Before Verses
Verse Text
Synonyms
Translation
Purport
La Śrī Īśopaniṣad
La connaissance qui nous rapproche de Kṛṣṇa, Dieu, la Personne Suprême
Introduction
Verse text
oṁ pūrṇam adaḥ pūrṇam idaṁ
pūrṇāt pūrṇam udacyate
pūrṇasya pūrṇam ādāya
pūrṇam evāvaśiṣyate
pūrṇāt pūrṇam udacyate
pūrṇasya pūrṇam ādāya
pūrṇam evāvaśiṣyate
Synonyms
oṁ : le Tout Complet ; pūrṇam : parfaitement complet ; adaḥ : cela ; pūrṇam : parfaitement complet ; idam : ce monde phénoménal ; pūrṇāt : de l’infiniment parfait ; pūrṇam : unité complète en elle-même ; udacyate : est produite ; pūrṇasya : du Tout Complet ; pūrṇam : absolument tout ; ādāya : ayant été enlevé ; pūrṇam : le reste, entier ; eva : même si ; avaśiṣyate : demeure.
Translation
Dieu, la Personne Suprême, est parfait et complet, et Sa perfection étant totale, tout ce qui émane de Lui, comme le monde phénoménal, constitue également une totalité complète en elle-même. Tout ce qui provient du Tout est un tout en soi, et parce que Dieu est le Tout Complet, Il demeure entier, bien que d’innombrables unités, complètes elles aussi, émanent de Lui.
Purport
teneur et portḷe : Le Tout Complet, que l’on appelle aussi la Vérité Absolue, est Dieu, la Personne Suprême complète en Elle-même. Il est sac-cid-ānanda-vigraha, c’est-à-dire qu’Il est éternel (sat), qu’Il possède la connaissance (cit) et la félicité (ānanda) absolues, et qu’Il est doté d’une forme (vigraha). Le premier pas vers la réalisation spirituelle consiste à devenir conscient de la nature éternelle (sat) de l’Absolu. Or cette réalisation est celle de l’éclat impersonnel de Dieu (Brahman), et elle n’est que partielle. La seconde étape consiste à prendre conscience de l’éternité (sat) et de l’omniscience (cit) de la Vérité Absolue. Toutefois, cette réalisation, qui est celle de l’Âme Suprême (Paramātmā), est elle aussi incomplète. On ne réalise le Tout dans Son intégralité et sous tous Ses aspects que lorsqu’on prend conscience de tous les attributs absolus de Dieu, la Personne Suprême (Bhagavān), tels qu’ils se manifestent dans une forme (vigraha) éternelle (sat), possédant la connaissance (cit) et la félicité (ānanda) totales. Ainsi, le Tout Complet n’est pas dépourvu de forme. S’Il était sans forme, ou inférieur à ce qu’Il a créé sous quelque aspect que ce soit, Il ne serait pas complet. Le Tout doit tout inclure, tant ce qui est à notre portée que ce qui dépasse notre entendement, sans quoi Il serait incomplet.
Les innombrables énergies émanant du Tout, de Dieu dans Sa Personnalité, sont aussi complètes que Lui. Le monde phénoménal est donc également complet en lui-même, et les vingt-quatre éléments dont il n’est qu’une manifestation temporaire, sont conçus pour produire tout ce qui est nécessaire au maintien et à la subsistance de l’univers ; ce processus ne requiert aucune autre intervention. L’univers a sa propre échelle de temps déterminée par l’énergie spirituelle et une fois son cycle terminé, cette manifestation temporaire sera anéantie, toujours selon les desseins de Dieu, le Tout Complet.
Les êtres vivants, fragments du Tout, infimes mais complets en eux-mêmes, ont toutes les possibilités de réaliser Dieu, et tous les manques qu’ils éprouvent ne viennent que d’une connaissance imparfaite du Tout. De toutes les espèces vivantes, c’est le genre humain qui possède la conscience la plus complète, et l’on n’obtient ce corps privilégié qu’après avoir parcouru le cycle des morts et des renaissances à travers les 8 400 000 formes de vie existant dans l’univers. Si l’homme ne profite pas de son haut niveau de conscience pour réaliser sa plénitude en rapport avec le Tout, cette occasion exceptionnelle sera perdue et les lois de la nature matérielle le replongeront dans le cycle de l’évolution d’une espèce à l’autre.
Ignorant que la nature est déjà parfaitement organisée pour satisfaire tous nos besoins, nous nous efforçons d’en utiliser les ressources pour nous façonner une existence prétendument parfaite de plaisirs matériels. Cette vie trompeuse centrée sur le plaisir des sens est illusoire, car l’être vivant ne peut pas même jouir de la vie matérielle sans être en communion avec le Tout. La main doit être unie au corps pour être une unité complète ; qu’on la sépare du corps et, bien qu’elle ressemble encore à une main, elle ne pourra plus en remplir aucune des fonctions. Il en va de même pour les êtres vivants ; ils sont des parties intégrantes du Tout Complet, et s’ils s’en écartent, ils n’ont de la plénitude que des reflets illusoires, incapables de les satisfaire.
La vie humaine n’atteint sa plénitude que lorsqu’on la met au service du Tout. Toute forme de service, que ce soit à l’échelle familiale, sociale, nationale, internationale ou même interplanétaire, restera incomplète tant qu’elle ne sera pas en parfaite harmonie avec le Tout Complet. Et quand tout se trouve rattaché à Dieu, les parties intégrantes du Tout deviennent à leur tour complètes.
Verse text
īśāvāsyam idaḿ sarvaṁ
yat kiñca jagatyāṁ jagat
tena tyaktena bhuñjīthā
mā gṛdhaḥ kasya svid dhanam
yat kiñca jagatyāṁ jagat
tena tyaktena bhuñjīthā
mā gṛdhaḥ kasya svid dhanam
Synonyms
īśa : du Seigneur ; āvāsyam : sous la domination ; idam : ceci ; sarvam : tout ; yat kiñca : quoi que ce soit ; jagatyām : dans l’univers ; jagat : tout ce qui est animé ou inanimé ; tena : par Lui ; tyaktena : la part assignée ; bhuñjīthāḥ : tu dois accepter ; mā : ne pas ; gṛdhaḥ : essayer d’acquérir ; kasya svit : de quelqu’un d’autre ; dhanam : les biens.
Translation
De tout ce qui existe en cet univers, de l’animé comme de l’inanimé, le Seigneur est maître et possesseur. Chacun doit donc prendre uniquement la part qui lui est assignée, sachant bien à qui tout appartient.
Purport
La connaissance védique est infaillible car elle est transmise par une filiation spirituelle authentique dont le Seigneur est l’origine. La source de ce savoir est transcendantale puisqu’Il en formula Lui-même les prémices. Ces paroles du Seigneur sont apauruṣeya, car Celui qui les a émises n’appartient pas à l’univers matériel. Tout être vivant en ce monde a quatre imperfections : 1) il est doté de sens imparfaits, 2) il est astreint à l’illusion, 3) il est sujet à l’erreur, 4) il est porté à tromper autrui. Ces quatre imperfections l’empêchent de donner une connaissance parfaite. Mais les Vedas ne viennent pas d’un être aussi imparfait. À l’origine, Brahmā, le premier être créé, reçut de Dieu Lui-même la connaissance des Vedas en son cœur ; il la transmit à ses fils et à ses disciples, qui la perpétuèrent à travers les âges.
Contrairement aux êtres vivants et aux objets inanimés, le Seigneur étant pūrṇam (infiniment parfait), Il ne peut être sujet aux lois de la nature matérielle dont Il est Lui-même le législateur. L’Īśopaniṣad, qui est une partie du Yajur Veda, traite du droit de propriété divin sur tout ce qui est, droit confirmé dans le septième chapitre de la Bhagavad-gītā (7.4–5) où sont définies la parā et l’aparā prakṛti.
Les éléments de la nature, soit la terre, l’eau, le feu, l’air, l’éther, le mental, l’intelligence et l’ego matériel, appartiennent tous à l’énergie inférieure du Seigneur (aparā-prakṛti) qu’on appelle également l’énergie matérielle, tandis que l’âme spirituelle, le principe vital, constitue Son énergie supérieure (parā-prakṛti). Ces énergies (prakṛtis) émanent toutes deux du Seigneur, qui est donc le maître ultime de tout ce qui existe. Il n’est rien dans l’univers qui n’appartienne pas à la prakṛti, qu’elle soit parā ou aparā, et par conséquent, tout est la propriété de l’Être Suprême.
L’Être Suprême, Dieu, la Personne Absolue, étant en tout point complet, Il possède une intelligence parfaite et totale grâce à laquelle Il peut tout organiser par la voie de Ses diverses puissances. On compare souvent l’Être Suprême au feu, et tout ce qui existe, l’organique comme l’inorganique, à la chaleur et à la lumière du feu. De même que le feu dispense son énergie sous forme de chaleur et de lumière, le Seigneur déploie Ses énergies de diverses façons. Il demeure ainsi le maître et le soutien ultime de tout ce qui est. Il est omniscient, tout-puissant et le bienfaiteur de tous. Il détient à leur plus haut degré de perfection la puissance, la gloire, la beauté, la fortune, le savoir et le renoncement.
Soyons donc assez intelligents pour comprendre qu’excepté le Seigneur, nul ne possède quoi que ce soit. Par conséquent, il ne faut accepter que la part qu’Il nous a assignée. La vache, par exemple, donne du lait mais ne le boit pas ; elle mange de l’herbe et du foin, et son lait est destiné à nourrir les humains car tel est le dessein du Seigneur. Nous devons nous satisfaire des choses qu’Il nous a accordées sans jamais oublier à qui appartient en réalité tout ce dont nous disposons.
Prenons comme autre exemple la maison où nous habitons. Si nous regardons les choses du point de vue de l’Īśopaniṣad, nous devons reconnaître que nous n’avons créé aucune des matières premières (bois, pierre, fer, etc.) ayant servi à sa construction ; nous n’avons fait que modifier leur forme originelle et les assembler par notre travail. Or, l’ouvrier peut-il se dire le propriétaire d’un objet parce qu’il a travaillé dur à le façonner ?
La société souffre d’incessants conflits entre prolétaires et capitalistes qui, arrivés à un niveau international, mettent le monde en danger. Les hommes s’affrontent comme chiens et chats. La Śrī Īśopaniṣad ne peut aider des chiens ou des chats ; transmise par les purs ācāryas, c’est à l’homme véritable qu’elle donne le message de Dieu. La race humaine doit donc tirer parti de la sagesse qu’elle enseigne et cesser de se battre pour des possessions matérielles. Il faut se contenter des privilèges que le Seigneur nous octroie dans Sa miséricorde. Nulle paix n’est possible aussi longtemps que communistes, capitalistes ou tout autre parti se diront propriétaires des ressources naturelles qui, en fait, n’appartiennent qu’à Dieu.
Le capitaliste ne peut pas subjuguer le communiste par de simples manœuvres politiques, pas plus que le communiste ne peut vaincre le capitaliste simplement en combattant pour le pain volé. Si l’un et l’autre ne reconnaissent pas le droit de propriété absolu de la Personne Suprême, tout ce qu’ils clament comme leur appartenant est en fait volé et ils seront passibles de châtiment par les lois de la nature. La bombe atomique est entre les mains des communistes comme des capitalistes, et s’ils se refusent à reconnaître le droit de propriété du Seigneur Suprême, il est évident qu’un jour ou l’autre, elle détruira les deux partis. S’ils veulent être épargnés et donner la paix au monde, il leur faut suivre les enseignements de la Śrī Īśopaniṣad.
Le capitaliste ne peut pas subjuguer le communiste par de simples manœuvres politiques, pas plus que le communiste ne peut vaincre le capitaliste simplement en combattant pour le pain volé. Si l’un et l’autre ne reconnaissent pas le droit de propriété absolu de la Personne Suprême, tout ce qu’ils clament comme leur appartenant est en fait volé et ils seront passibles de châtiment par les lois de la nature. La bombe atomique est entre les mains des communistes comme des capitalistes, et s’ils se refusent à reconnaître le droit de propriété du Seigneur Suprême, il est évident qu’un jour ou l’autre, elle détruira les deux partis. S’ils veulent être épargnés et donner la paix au monde, il leur faut suivre les enseignements de la Śrī Īśopaniṣad.
Les hommes ne sont pas faits pour se quereller comme chiens et chats. Ils doivent être assez clairvoyants pour réaliser l’importance de l’existence humaine et en comprendre le but. La littérature védique est destinée aux hommes, pas aux animaux. Pour se nourrir, un animal peut en tuer un autre, sans que ce soit un péché ; mais si un homme abat un animal pour le seul plaisir de ses papilles gustatives incontrôlées, il est responsable d’avoir brisé les lois de la nature et doit être puni en conséquence.
Il y a certaines normes à respecter pour les êtres humains, mais qui ne s’appliquent pas aux animaux. Si le tigre ne mange ni riz, ni blé et ne boit pas de lait, c’est qu’il est fait pour se nourrir de chair animale. Ainsi, certains animaux sont herbivores et d’autres carnivores, mais aucun d’entre eux ne transgresse les lois de la nature, qui ont été établies par la volonté du Seigneur. Tous les représentants de la gent animale — mammifères, oiseaux, reptiles et autres — respectent rigoureusement les lois de la nature et ne commettent donc nul péché ; par conséquent, les enseignements védiques ne leur sont pas destinés. Seule la vie humaine comporte des responsabilités.
Toutefois, il ne faudrait pas se croire en parfaite harmonie avec les lois de la nature simplement parce qu’on a adopté un régime végétarien ; les végétaux sont aussi des êtres vivants. Une forme de vie doit en nourrir une autre, telle est la loi de la nature. Être un végétarien strict ne doit pas être un sujet de fierté ; ce qui importe, c’est de reconnaître Dieu comme le possesseur suprême. La conscience des animaux n’est pas suffisamment développée pour qu’ils se rendent compte de l’existence du Seigneur Suprême, mais l’être humain, lui, est assez intelligent pour comprendre, à la lumière des Écritures védiques, comment fonctionnent les lois de la nature, et en retirer de grands bénéfices. L’homme s’expose à de grands risques en négligeant les enseignements védiques ; il est donc essentiel pour lui de reconnaître la souveraineté du Seigneur et de devenir Son dévot.
Dans la Bhagavad-gītā (9.26), le Seigneur dit clairement qu’Il accepte les aliments végétariens que Lui offrent Ses purs dévots. Par suite, l’homme doit non seulement devenir végétarien, mais doit aussi devenir un dévot du Seigneur. Il doit servir Dieu avec amour et Lui offrir tous ses aliments pour n’en partager que les reliefs, appelés prasāda, la miséricorde de Dieu. Seul celui qui agit ainsi s’acquitte convenablement de ses responsabilités humaines. Celui qui n’offre pas sa nourriture au Seigneur ne mange que du péché et s’expose à toutes sortes de malheurs, conséquences de ses actes coupables. (Bhagavad-gītā, 3.13)
Dans la Bhagavad-gītā (9.26), le Seigneur dit clairement qu’Il accepte les aliments végétariens que Lui offrent Ses purs dévots. Par suite, l’homme doit non seulement devenir végétarien, mais doit aussi devenir un dévot du Seigneur. Il doit servir Dieu avec amour et Lui offrir tous ses aliments pour n’en partager que les reliefs, appelés prasāda, la miséricorde de Dieu. Seul celui qui agit ainsi s’acquitte convenablement de ses responsabilités humaines. Celui qui n’offre pas sa nourriture au Seigneur ne mange que du péché et s’expose à toutes sortes de malheurs, conséquences de ses actes coupables. (Bhagavad-gītā, 3.13)
La racine du péché est la désobéissance délibérée aux lois de la nature, manifestée par le refus de reconnaître le droit de propriété absolu du Seigneur. La transgression des lois de la nature, de l’ordre du Seigneur, entraîne la ruine de l’homme. Au contraire, si l’on est sensé, si l’on connaît les lois de la nature, et si l’on reste libre de l’attachement comme de l’aversion, on est certain de retrouver la considération du Seigneur et de devenir digne de retourner vers Lui, dans Son royaume éternel.
Verse text
kurvann eveha karmāṇi
jijīviṣec chataḿ samāḥ
evaṁ tvayi nānyatheto ’sti
na karma lipyate nare
jijīviṣec chataḿ samāḥ
evaṁ tvayi nānyatheto ’sti
na karma lipyate nare
Synonyms
kurvan : en faisant continuellement ; eva : ainsi ; iha : au cours de cette vie ; karmāṇi : l’action ; jijīviṣet : on peut désirer vivre ; śatam : cent ; samāḥ : années ; evam : en vivant ainsi ; tvayi : à toi ; na : aucune ; anyathā :alternative ; itaḥ : de cette voie ; asti : il y a ; na : ne pas ; karma : l’action ; lipyate : peut être lié ; nare : pour l’homme.
Translation
L’homme peut espérer vivre plusieurs centaines d’années s’il agit continuellement selon ce principe, car de tels actes ne l’enchaîneront pas à la loi du karma. Il n’existe pour lui aucune autre alternative.
Purport
Personne ne veut mourir ; chacun désire au contraire vivre le plus longtemps possible. On trouve cette tendance chez l’individu, mais aussi à l’échelle de la famille, de la société et de la nation. Toutes les espèces vivantes doivent mener un dur combat pour leur survie, et les Vedas considèrent cela comme tout à fait naturel. Par nature, l’être vivant est éternel, mais son emprisonnement dans la matière le force à passer d’un corps à un autre ; cette transmigration de l’âme est due au karma-bandhana, « l’enchaînement à ses propres actions ». En raison des lois de la nature, l’homme doit travailler pour vivre, mais s’il le fait sans tenir compte des devoirs inhérents à la forme humaine, il transgresse ces lois, avec pour effet de s’enliser encore plus profondément dans le cycle des morts et des renaissances à travers les multiples espèces.
Toutes les espèces vivantes sont soumises à ces morts et à ces naissances répétées, mais lorsque l’être obtient une forme humaine, il a la possibilité d’échapper aux chaînes du karma. La Bhagavad-gītā nous explique de façon claire ce qu’il faut entendre par les mots karma, vikarma et akarma. Karma désigne les actes accomplis en accord avec les devoirs que nous prescrivent les Écritures. Vikarma désigne les actes qui résultent d’un mauvais usage de notre libre arbitre et nous orientent vers des formes de vie inférieures. Et akarma désigne les actes qui nous libèrent de l’engrenage des morts et des renaissances.
De ces trois façons d’agir, l’homme intelligent choisira celle qui lui permet de se défaire des liens du karma. Le commun des hommes désire accomplir des actes méritoires afin que sa vertu reconnue lui donne d’être élevé en ce monde ou dans les planètes édéniques. Mais l’homme plus évolué, l’homme d’intelligence, cherche à agir de façon à s’affranchir des conséquences de tout acte, car il sait très bien que bonnes ou mauvaises, ses actions l’enchaînent également à la souffrance matérielle. La Śrī Īśopaniṣad lui enseigne donc ici le mode d’action libérateur qui le sauvera des répercussions de tout acte, bon ou mauvais.
De ces trois façons d’agir, l’homme intelligent choisira celle qui lui permet de se défaire des liens du karma. Le commun des hommes désire accomplir des actes méritoires afin que sa vertu reconnue lui donne d’être élevé en ce monde ou dans les planètes édéniques. Mais l’homme plus évolué, l’homme d’intelligence, cherche à agir de façon à s’affranchir des conséquences de tout acte, car il sait très bien que bonnes ou mauvaises, ses actions l’enchaînent également à la souffrance matérielle. La Śrī Īśopaniṣad lui enseigne donc ici le mode d’action libérateur qui le sauvera des répercussions de tout acte, bon ou mauvais.
Les enseignements de la Śrī Īśopaniṣad se trouvent développés dans la Bhagavad-gītā, qu’on appelle également la Gītopaniṣad, c’est-à-dire la quintessence de toutes les Upaniṣads. Dans la Bhagavad-gītā (3.9–16), Dieu, la Personne Suprême, déclare qu’il est impossible d’atteindre le stade du naiṣkarma, ou akarma, sans remplir les devoirs que nous assignent les Textes védiques. Ces Écritures peuvent régler les activités de chacun de manière à lui faire réaliser progressivement la souveraineté de l’Être Suprême, Kṛṣṇa ; la connaissance parfaite, positive, est la réalisation de cette suprématie. Dans un tel état de pureté, les trois guṇas (la Vertu, la Passion et l’Ignorance) n’affecteront plus l’homme, qui pourra désormais situer ses actes au niveau du naiṣkarma, où nul ne s’enchaîne plus au cycle des morts et des renaissances.
En fait, l’homme n’a pas d’autre devoir que de servir le Seigneur avec amour et dévotion. Cependant, à un niveau de conscience inférieur, on ne peut, dès l’abord, se consacrer aux activités dévotionnelles et cesser complètement d’agir pour soi-même. L’âme conditionnée a l’habitude d’agir toujours pour son plaisir et son propre intérêt, que ce soit au niveau égoïstement personnel, ou étendu à la famille et à la nation. Quand le principe de la jouissance matérielle dépasse l’individu pour s’étendre à la société, à la nation ou à l’humanité entière, il prend différents noms flatteurs tels qu’altruisme, socialisme, communisme, nationalisme, humanitarisme, etc. Ces « ismes » sont certainement des formes très attirantes de karma-bandhana (enchaînement karmique), mais la Śrī Īśopaniṣad enseigne que si l’on tient à servir leur cause, on doit le faire en plaçant Dieu au centre. Il n’y a pas de mal à être chef de famille, ou à être altruiste, socialiste, communiste, patriote ou philanthrope, pourvu que ces rôles soient remplis selon le principe de l’īśāvāsya, en faisant de Dieu, l’īśa, le centre de toute action.
La Bhagavad-gītā (2.40) dit que les actes centrés sur Dieu ont tant de prix que le moindre d’entre eux protège du pire des dangers, celui de replonger dans le tourbillon des morts et des renaissances, en évoluant parmi les 8 400 000 espèces. Si, d’une façon ou d’une autre, l’homme laisse échapper l’occasion que lui donne sa forme humaine de réaliser Dieu et retombe dans le cycle d’évolution des espèces, il subit la plus grande des infortunes, même si ses sens imparfaits l’empêchent de s’en rendre compte. La Śrī Īśopaniṣad nous conseille donc d’utiliser nos énergies selon le principe de l’īśāvāsya. On peut entretenir ainsi l’espoir de vivre de longues années tandis que sans cet état d’esprit, une longue vie n’a aucune valeur. Les arbres jouissent d’une grande longévité, mais quel intérêt y a-t-il à vivre aussi longtemps que les arbres, à respirer aussi fort qu’un soufflet de cheminée, à procréer comme un chien ou à manger comme un chameau ? Une vie humble et centrée sur Dieu vaut bien mieux que la colossale imposture que représente une existence dédiée à un altruisme ou un socialisme athées.
Mais les activités altruistes accomplies dans l’esprit īśāvāsya de la Īśopaniṣad constituent une forme du karma-yoga préconisé dans la Bhagavad-gītā (18.5–9), car elles protègent leur auteur du danger que représente le cycle d’évolution des espèces au cours de morts et de renaissances successives. Les actes centrés sur Dieu, même s’ils ne sont pas menés à terme, sont tout de même profitables, car ils assurent à celui qui les accomplit une forme humaine dans sa prochaine existence, lui donnant une nouvelle chance de progresser sur le sentier de la libération spirituelle.
Le Bhakti-rasāmṛta-sindhu de Śrīla Rūpa Gosvāmī, que nous avons publié sous le nom de « Nectar de la Dévotion », traite en détail des actes centrés sur Dieu. Nous le recommandons à tous ceux qui désirent agir dans l’esprit de la Śrī Īśopaniṣad.
Verse text
asuryā nāma te lokā
andhena tamasāvṛtāḥ
tāḿs te pretyābhigacchanti
ye ke cātma-hano janāḥ
andhena tamasāvṛtāḥ
tāḿs te pretyābhigacchanti
ye ke cātma-hano janāḥ
Synonyms
asuryāḥ : destinées aux asuras ; nāma : connues du nom de ; te : ces ; lokāḥ : planètes ; andhena : l’ignorance ; tamasā : l’obscurité ; āvṛtāḥ : voilées par ; tān : là ; te : ils ; pretya : après la mort ; abhigacchanti : vont sur ; ye :quiconque ; ke : tous ; ca : et ; ātma-hanaḥ : ceux qui tuent l’âme ; janāḥ : les personnes.
Translation
Celui qui « tue » l’âme, quel qu’il soit, ira sur ces planètes dites mondes des infidèles, où règnent l’ignorance et les ténèbres.
Purport
La vie humaine se distingue de celle des animaux par de plus lourdes responsabilités. On appelle suras (personnes saintes) ceux qui prennent conscience de ces responsabilités et les assument, et asuras(mécréants), ceux qui les négligent ou même les ignorent. Tout être humain se classe dans l’une ou l’autre catégorie. Le Ṛg Veda déclare que les suras ont pour unique but d’atteindre les pieds pareils-au-lotus de Viṣṇu, le Seigneur Suprême, et la voie qu’ils suivent est aussi lumineuse que la voie du soleil.
L’homme intelligent doit toujours se rappeler que la forme humaine ne s’obtient qu’après d’innombrables transmigrations de l’âme sur une période de plusieurs millions d’années. On compare parfois l’univers matériel à un océan, et le corps à un solide vaisseau conçu pour le traverser. Les Écritures védiques et les ācāryas jouent le rôle de capitaines expérimentés, et les avantages qu’offre la forme humaine sont les vents favorables qui aident le navire à voguer paisiblement vers sa destination. Celui qui, malgré de tels atouts, ne profite pas pleinement de la forme humaine pour réaliser son moi spirituel, est un ātma-hana, un « assassin de l’âme ». Son destin, nous dit l’Īśopaniṣad, est de s’enfoncer dans les régions les plus ténébreuses de l’ignorance pour y souffrir interminablement.
Les besoins vitaux du porc, du chien, du chameau, de l’âne et autres animaux ont autant d’importance pour eux que pour nous les nôtres, mais ils doivent être satisfaits dans les conditions les plus déplaisantes ; l’être humain, au contraire, se voit offrir par la nature toutes facilités pour vivre de façon agréable, tout simplement parce que la vie humaine est plus importante que la vie animale. Pourquoi l’homme aurait-il une existence plus plaisante que les animaux ? Pourquoi un agent haut placé du gouvernement jouit-il de plus grands privilèges qu’un simple employé ? Pour la simple raison qu’occupant un poste plus élevé, il a des devoirs plus importants à remplir, tout comme l’homme a des responsabilités plus lourdes que celles de l’animal, lequel n’a d’autre souci que de remplir un estomac vide.
Et pourtant si l’on propose à l’homme moderne, dit « civilisé », de s’intéresser à la vie spirituelle, il répondra qu’il travaille uniquement à remplir son estomac et qu’un affamé n’a nul besoin de réaliser son identité spirituelle. Il n’est rien d’autre, en fait, qu’un animal raffiné. La civilisation qu’il a créée, non seulement « tue » l’âme, mais n’a fait qu’accroître les problèmes de la faim ; les lois de la nature sont si intransigeantes que malgré son désir de travailler dur pour les besoins de l’estomac, il y a constamment au-dessus de sa tête la menace du chômage.
Et pourtant si l’on propose à l’homme moderne, dit « civilisé », de s’intéresser à la vie spirituelle, il répondra qu’il travaille uniquement à remplir son estomac et qu’un affamé n’a nul besoin de réaliser son identité spirituelle. Il n’est rien d’autre, en fait, qu’un animal raffiné. La civilisation qu’il a créée, non seulement « tue » l’âme, mais n’a fait qu’accroître les problèmes de la faim ; les lois de la nature sont si intransigeantes que malgré son désir de travailler dur pour les besoins de l’estomac, il y a constamment au-dessus de sa tête la menace du chômage.
Cette forme humaine ne nous est pas donnée pour peiner comme l’âne ou le chameau, mais bien pour nous permettre d’atteindre la plus haute perfection. Si nous ne nous préoccupons pas de réalisation spirituelle, la nature nous forcera bon gré mal gré à travailler très dur. À l’époque où nous vivons, l’homme se voit contraint de peiner comme une bête de somme. La Śrī Īśopaniṣad nous révèle en quels endroits les asuras sont envoyés pour souffrir : si l’homme ne remplit pas les devoirs que lui confère sa forme humaine, il devra transmigrer sur des planètes dites asurya, où tous les êtres, sous des formes dégénérées, luttent pour survivre dans l’ignorance et les ténèbres.
Par contre, la Bhagavad-gītā (6.41–43) nous apprend que tous ceux qui, malgré un effort sincère pour réaliser leur relation avec Dieu, ne poursuivent pas leur chemin jusqu’au bout, obtiendront de renaître dans une famille de śuci (brāhmaṇa spirituellement élevé) ou śrīmat (vaiśya adonné au négoce). Ainsi, si celui qui n’est pas parvenu à la réalisation spirituelle se voit attribuer une meilleure chance encore dans sa vie suivante, en raison de ses efforts sincères, que dire du résultat obtenu par celui qui y est arrivé. Mais ceux qui ne se donnent pas même la peine de faire cet effort et désirent demeurer dans l’illusion, qui sont trop matérialistes et trop attachés aux plaisirs de ce monde, ceux-là, comme le confirment les Écritures védiques, doivent descendre dans les régions infernales. Ces asuras font parfois montre de religion, mais leur but ultime est la prospérité matérielle. La Bhagavad-gītā (16.17–18) dénonce ces hommes en les qualifiant d’ātma-sambhāvitas, grands seulement par la force de leurs mystifications, de leurs richesses et des votes des ignorants. Ces asuras n’ont aucune réalisation spirituelle et aucune connaissance de l’īśāvāsya, le titre de propriété universelle du Seigneur ; ils sont assurés de sombrer dans les régions du monde les plus obscures.
Nous pouvons conclure de tout cela que le but de la forme humaine n’est pas simplement de résoudre sur des bases instables ses problèmes économiques, mais d’apporter une solution définitive à tous les problèmes de l’existence matérielle que nous imposent les lois de la nature.
Verse text
anejad ekaṁ manaso javīyo
nainad devā āpnuvan pūrvam arṣat
tad dhāvato ’nyān atyeti tiṣṭhat
tasminn apo mātariśvā dadhāti
nainad devā āpnuvan pūrvam arṣat
tad dhāvato ’nyān atyeti tiṣṭhat
tasminn apo mātariśvā dadhāti
Synonyms
anejat : établi ; ekam : un ; manasaḥ : que la pensée ; javīyaḥ : plus rapide ; na : ne pas ; enat : ce Seigneur Suprême ; devāḥ : les devas comme Indra, etc. ; āpnuvan : peuvent approcher ; pūrvam : devant ; arṣat : se mouvant rapidement ; tat : Il ; dhāvataḥ : ceux qui courent ; anyān : les autres ; atyeti : surpasse ; tiṣṭhat :demeurant en un endroit ; tasmin : en Lui ; apaḥ : eau ; mātariśvā : les devas chargés du vent et de la pluie ; dadhāti : pourvoient.
Translation
Bien qu’Il ne quitte jamais Son royaume, Dieu est plus rapide que la pensée ; nul n’est aussi prompt que Lui, et même les puissants devas qui pourvoient l’air et la pluie ne peuvent L’approcher ; Il les gouverne tous sans même avoir à Se déplacer. Sa perfection est sans égale.
Purport
Même les plus grands philosophes ne parviendront pas à connaître Dieu, la Personne Absolue, à travers leurs systèmes spéculatifs ; seuls les dévots auxquels Il accorde Sa grâce peuvent L’approcher. La Brahma-saṁhitā (5.34) l’enseigne : s’ils ne sont pas dévots, les philosophes auront beau parcourir l’espace pendant des millions d’années à la vitesse du vent ou de la pensée, ils se trouveront encore infiniment loin de la Vérité Absolue. La Brahma-saṁhitā (5.37) continue en disant que Dieu, la Personne Suprême, demeure dans un royaume transcendantal connu sous le nom de Goloka où Il Se divertit éternellement. Mais par Sa puissance inconcevable, Il peut simultanément être présent dans toutes les parties de Sa création. Le Viṣṇu Purāṇa compare cette puissance à la lumière et la chaleur du feu. Tout comme le feu peut répandre chaleur et lumière dans toutes les directions à partir d’un seul point, Dieu, la Personne Absolue, peut diffuser partout Ses différentes énergies, même s’Il réside en permanence dans Son royaume spirituel.
Les énergies du Seigneur sont innombrables, mais on peut les regrouper en trois catégories principales : la puissance interne, la puissance marginale et la puissance externe, chacune d’entre elles se partageant à son tour en une multitude de subdivisions. Tous les êtres, les animaux, les hommes et jusqu’aux grands devas dotés du pouvoir de commander aux divers phénomènes naturels (le vent, la lumière, la pluie, etc.), sont des manifestations de la puissance marginale du Seigneur. L’univers matériel, lui, est créé par la puissance externe du Seigneur, et le monde spirituel, où Il siège en personne, est la manifestation de Sa puissance interne.
Les différentes énergies du Seigneur se manifestent donc partout. Cependant, bien qu’il n’y ait aucune différence entre Ses énergies et Lui-même, ne commettons pas l’erreur de les prendre pour la Vérité Absolue et de croire que le Seigneur Suprême S’éparpille de façon impersonnelle à travers toute la création ou qu’Il perd Son individualité. L’homme est porté à tirer des conclusions en fonction de sa capacité intellectuelle, mais Dieu dépasse notre entendement limité. Aussi les Upaniṣads nous préviennent-elles que personne ne peut atteindre le Seigneur grâce à ses seules facultés mentales.
Dans la Bhagavad-gītā (10.2), le Seigneur dit que même les suras (hommes de vertu) ou les grands ṛṣis(sages) ne peuvent Le concevoir. Que dire alors des asuras, déjà incapables de comprendre les voies du Seigneur. Ce mantra de la Śrī Īśopaniṣad indique très clairement que sous Son aspect ultime, la Vérité Absolue est une personne, une Personne Absolue ; dans le cas contraire, il aurait été inutile de donner tant de détails révélant Ses traits personnels.
Les infimes parcelles du Seigneur, bien que pourvues des mêmes caractéristiques que Lui, ne possèdent qu’un champ d’action restreint, et par conséquent, sont très limitées ; la partie ne peut jamais être égale au tout. C’est pourquoi les minuscules êtres vivants ne peuvent concevoir dans sa juste valeur la puissance infinie de Dieu. Certains êtres ignorants et insensés, sous l’empire de l’énergie matérielle, tentent de conjecturer sur la position transcendantale du Seigneur. Mais la Śrī Īśopaniṣad les prévient de la futilité de telles élucubrations sur l’identité du Seigneur Suprême. C’est auprès de Dieu Lui-même, la source suprême des Vedas, qu’il faut s’informer de la Transcendance, car Lui seul la connaît dans son intégralité.
Chaque fragment du Tout Complet est investi d’une énergie particulière lui permettant d’agir selon la volonté du Seigneur. Mais s’il oublie d’agir ainsi, c’est qu’il est sous l’emprise de māyā, l’illusion. C’est pourquoi la Śrī Īśopaniṣad nous enjoint dès le début de remplir consciencieusement le rôle qui nous fut assigné par le Seigneur. Cela ne signifie pas, néanmoins, que les âmes distinctes n’aient aucune initiative propre. Parce qu’elles font partie intégrante du Seigneur, elles doivent prendre part à Ses desseins. Si l’être humain fait bon usage de son libre arbitre, ou de sa capacité d’agir, avec intelligence et en comprenant que tout est une manifestation de la puissance du Seigneur, sa conscience originelle, égarée au contact de māyā, l’énergie externe, se ravivera.
Toutes nos facultés proviennent du Seigneur, et doivent donc être utilisées pour accomplir Sa volonté. Celui qui adopte cette attitude soumise de service peut seul connaître le Seigneur. La connaissance parfaite suppose la connaissance du Seigneur sous tous Ses aspects, ainsi que la connaissance de Ses pouvoirs et de la manière dont ces pouvoirs agissent selon Sa volonté. Le Seigneur en personne a livré ces enseignements dans la Bhagavad-gītā,la quintessence de toutes les Upaniṣads.
Verse text
tad ejati tan naijati
tad dūre tad v antike
tad antar asya sarvasya
tad u sarvasyāsya bāhyataḥ
tad dūre tad v antike
tad antar asya sarvasya
tad u sarvasyāsya bāhyataḥ
Synonyms
tat : ce Seigneur Suprême ; ejati : marche ; tat : Il ; na : ne pas ; ejati : marche ; tat : Il ; dūre : très loin ; tat : Il ; u :aussi ; antike : très près ; tat : Il ; antaḥ : à l’intérieur ; asya : de ceci ; sarvasya : de tout ; tat : Il ; u : aussi ; sarvasya : tout ; asya : de ceci ; bāhyataḥ : extérieur à.
Translation
Le Seigneur Suprême Se meut et ne Se meut pas. Infiniment loin, Il est aussi très proche. Présent en chaque être et en chaque chose, Il est également extérieur à tout ce qui existe.
Purport
Voici un exemple des actes transcendantaux que le Seigneur Suprême accomplit grâce à Ses pouvoirs inconcevables. Dans ce mantra, trois propositions apparemment contradictoires démontrent cette inconcevable puissance, comme par exemple la première : « Il Se meut et ne Se meut pas. » En effet, si quelqu’un marche, il est illogique de dire qu’il ne marche pas, mais appliquées à Dieu, ces contradictions apparentes nous montrent simplement Sa puissance inconcevable. Nos capacités intellectuelles sont si limitées que nous ne pouvons pas appréhender de tels paradoxes ; aussi nous ne concevons le Seigneur qu’en termes de notre compréhension restreinte. L’école māyāvāda, par exemple, à laquelle appartiennent les philosophes impersonnalistes, accepte uniquement l’aspect impersonnel de Dieu et rejette Son aspect personnel. Alors que l’école bhāgavata des philosophes personnalistes adopte, elle, le concept de Dieu dans Son intégralité et, acceptant Ses puissances inconcevables, comprend qu’Il est simultanément personnel et impersonnel. Les bhāgavatas savent que sans ces pouvoirs inconcevables les mots « Seigneur Suprême » n’auraient aucun sens.
Gardons-nous de penser, simplement du fait que nous ne pouvons Le voir face à face, que Dieu n’a pas d’existence personnelle. Afin de réfuter ce genre d’argument, la Śrī Īśopaniṣad déclare que le Seigneur est à la fois très éloigné et très près de nous. Il habite le monde spirituel ; or, si nous ne pouvons pas même mesurer l’immensité de l’univers, que dire de la distance qui nous sépare de Sa demeure, bien au-delà du monde matériel ? La Bhagavad-gītā (15.6) confirme en effet que le monde spirituel se trouve infiniment au-delà du monde matériel. Et pourtant, bien que si éloigné, le Seigneur peut descendre vers nous en un instant, plus vite que le vent ou la pensée. Sa rapidité n’a pas d’égale, comme on l’a vu dans le mantra précédent.
Mais, lorsque Dieu apparaît, il arrive que nous ne Le reconnaissions pas. Le Seigneur condamne cette méconnaissance dans la Bhagavad-gītā (9.11) où Il dit que les insensés Le raillent lorsqu’Il descend ici-bas, Le prenant pour un simple mortel ; ce qu’Il n’est pas, car le corps qu’Il montre n’est pas un produit de la nature matérielle. Nombreux sont les prétendus érudits qui soutiennent que le Seigneur descend sur terre avec un corps de matière, comme n’importe quel homme. Ces insensés placent le Seigneur au même niveau que l’homme ordinaire, parce qu’ils ignorent Ses pouvoirs inconcevables.
Les incroyants déclarent soit que Dieu ne peut pas du tout apparaître en personne, soit que s’Il le fait, c’est dans un corps constitué d’énergie matérielle. Mais cette hypothèse s’annule automatiquement si l’on reconnaît l’existence des pouvoirs inconcevables de Dieu ; car même s’Il Se manifeste à nous sous forme d’énergie matérielle, il Lui est très facile de la transformer en énergie spirituelle. Ayant toutes deux la même source, ces énergies peuvent être utilisées selon la volonté de leur source commune. Les pouvoirs inconcevables du Seigneur Lui permettent d’accepter notre service par n’importe quel intermédiaire, et Il peut transformer à Son gré Ses énergies. Il apparaît, par exemple, sous la forme de la mūrti (aussi appelée arcā-vigraha) apparemment faite d’argile, de bois, de pierre ou autres matériaux. Mais ces formes ne sont pas des idoles, comme le soutiennent les iconoclastes.
Au stade où nous sommes, notre vision matérielle est imparfaite et ne nous permet pas de voir le Seigneur Suprême ; mais pour favoriser Ses dévots qui veulent Le voir et leur permettre de Le servir directement, le Seigneur apparaît dans une forme visible à leurs yeux matériels. Cela ne veut pas dire que les néophytes rendent un culte à une idole, c’est Dieu en personne qu’ils adorent, sous un aspect plus accessible. Cette forme arcā n’est pas façonnée selon les fantaisies de l’adorateur, c’est la forme éternelle du Seigneur dans toute Son opulence ; cela peut être senti par un bhakta sincère et non par un athée.
Dans la Bhagavad-gītā (4.11), le Seigneur dit qu’Il agit envers Ses dévots en fonction de leur degré d’abandon à Lui. Il Se réserve le droit de ne pas apparaître à n’importe qui, mais seulement à ceux qui s’abandonnent à Lui. Aussi, est-Il toujours à la portée de l’âme soumise, tandis que pour l’âme rebelle, Il demeure très lointain et toujours hors d’atteinte.
On utilise souvent dans les Écritures deux mots très importants pour qualifier le Seigneur : saguṇa (avec attributs) et nirguṇa (sans attributs). Le mot saguṇa ne signifie pas que pour apparaître doté d’attributs visibles, Dieu soit obligé de revêtir une forme matérielle et de S’assujettir aux lois de la nature. Puisque Dieu est la source et le maître de toute énergie, aucune différence n’existe pour Lui entre énergie matérielle et énergie spirituelle. L’énergie matérielle agit selon Ses directives, et Il peut donc l’utiliser comme bon Lui semble, sans devoir, comme nous, en subir les influences. Le mot nirguṇa « sans attributs », quant à lui, ne veut pas dire que le Seigneur est dépourvu de forme. Il possède ultimement une forme éternelle, celle du Seigneur primordial, Kṛṣṇa. Et Sa forme impersonnelle, la lumière du Brahman, n’est que l’éclat irradiant de Son corps spirituel, tout comme les rayons du soleil ne sont que l’éclat émanant du deva du soleil.
Quand Hiraṇyakaśipu, un grand roi athée, provoqua son fils Prahlāda Mahārāja en s’exclamant : « Où est ton Dieu ? », l’enfant répondit : « Dieu est partout. » Furieux, son père lui demanda s’Il Se trouvait dans l’une des colonnes du palais et Prahlāda acquiesça. Aussitôt, le roi brisa la colonne en morceaux, et de là surgit le Seigneur sous la forme de Nṛsiṁha, l’avatāra mi-homme mi-lion, qui mit à mort l’impie. Cette histoire illustre le fait que le Seigneur est présent dans toute Sa création, issue de Ses différentes énergies. Sa puissance inconcevable Lui permet d’apparaître n’importe où pour plaire à Ses dévots sincères. Nṛsiṁha sortit du pilier non sur l’ordre du roi, mais pour répondre au désir du bhakta Prahlāda. Un athée ne peut contraindre le Seigneur à apparaître sur son ordre, mais pour montrer Sa bienveillance à un pur dévot, Dieu peut Se manifester n’importe où. La Bhagavad-gītā (4.8) le confirme en disant que le Seigneur apparaît pour vaincre les athées et protéger les croyants. Certes, les énergies du Seigneur ainsi que Ses agents célestes suffiraient à vaincre les athées, mais Il descend en personne dans l’univers matériel pour combler Ses dévots, ce qui est en fait Son véritable but.
La Brahma-saṁhitā (5.35) nous apprend que Govinda, le Seigneur primordial, pénètre toutes choses, l’univers comme l’atome, par l’intermédiaire de Ses émanations plénières. Il Se manifeste extérieurement sous la forme virāṭa et intérieurement, sous la forme antaryāmī, l’Âme Suprême sise dans le cœur de chaque être. En tant qu’antaryāmī, Il est témoin de toutes nos actions et nous en fait récolter les fruits (karma-phala). Nous pouvons nous-mêmes oublier ce que nous avons accompli au cours de nos existences passées, mais parce que le Seigneur en fut témoin, les conséquences de nos actes nous échoient quand même, et nous sommes obligés de les subir.
En vérité il n’y a que Dieu, à l’intérieur comme à l’extérieur. Tout n’est que la manifestation de Ses diverses énergies, comme la chaleur et la lumière qui proviennent du feu, mais ne font qu’un. Malgré cette unicité, le Seigneur jouit de façon infinie de toutes ces joies dont disposent, mais en petite quantité, les êtres infimes émanant de Lui.
Verse text
yas tu sarvāṇi bhūtāny
ātmany evānupaśyati
sarva-bhūteṣu cātmānaṁ
tato na vijugupsate
ātmany evānupaśyati
sarva-bhūteṣu cātmānaṁ
tato na vijugupsate
Synonyms
yaḥ : celui qui ; tu : mais ; sarvāṇi : tous ; bhūtāni : les êtres vivants ; ātmani : en relation avec le Seigneur Suprême ; eva : seulement ; anupaśyati : observe de façon systématique ; sarva-bhūteṣu : en chaque être vivant ; ca : et ; ātmānam : l’Âme Suprême ; tataḥ : par suite ; na : ne pas ; vijugupsate : hait quiconque.
Translation
Celui qui voit tout en relation avec le Seigneur Suprême, qui voit que tous les êtres font partie intégrante du Seigneur et qui voit le Seigneur en tout, celui-là ne hait rien ni personne.
Purport
Ce mantra décrit le mahā-bhāgavata, la grande âme qui voit tout en relation avec Dieu, la Personne Suprême. Il existe trois niveaux de perception du Seigneur. Les kaniṣṭha-adhikārīs, au niveau le plus bas, se rendent dans le lieu de culte assigné par leur religion (temple, église, mosquée…) afin d’y accomplir les divers rites prescrits par leurs Écritures respectives. Ils croient que le Seigneur n’est présent qu’au lieu du culte et sont incapables de juger du degré de dévotion des autres croyants, ni de discerner qui a réalisé Dieu. Ils suivent des pratiques routinières et se querellent parfois entre eux, estimant tel ou tel culte supérieur à un autre. Ces kaniṣṭha-adhikārīs sont des dévots encore très matérialistes qui essaient seulement de dépasser le matériel pour arriver au plan spirituel.
Viennent ensuite les madhyama-adhikārīs, dont le niveau de réalisation se situe au second stade. Ils font la distinction entre quatre catégories d’êtres : 1) Dieu, le Seigneur Suprême, 2) les dévots du Seigneur, 3) les innocents, ceux qui n’ont aucune connaissance de Dieu, et 4) les athées sans foi et pleins de haine pour les dévots. Envers chacun d’eux les madhyama-adhikārīs adoptent une attitude différente. Ils adorent le Seigneur, considérant qu’Il est le seul objet de leur amour, et se lient d’amitié avec Ses serviteurs ; ils tentent d’éveiller l’amour de Dieu qui dort dans le cœur des innocents, mais ne s’approchent pas des athées, de ceux qui vont jusqu’à se moquer du nom du Seigneur.
Au-dessus du madhyama-adhikārī se trouve l’uttama-adhikārī, qui lui voit tout en relation avec le Seigneur Suprême. Il ne fait aucune distinction entre le croyant et l’athée, les voyant tous deux comme partie intégrante de Dieu. Il sait qu’en essence aucune différence n’existe entre un brāhmaṇa érudit et un chien des rues, car bien qu’enfermés dans des corps différents en raison de leur karma respectif, ils sont chacun une infime partie du Seigneur. Parce qu’il sut faire bon usage de l’infime indépendance que le Seigneur lui avait accordée, le premier acquit un corps de brāhmaṇa alors que le second, pour avoir mal utilisé cette indépendance, se trouva puni par les lois de la nature et emprisonné dans le corps d’un chien. Sans tenir compte des mérites respectifs du brāhmaṇa et de l’animal, l’uttama-adhikārī essaie de faire du bien aux deux. Un dévot d’une telle sagesse ne se laisse pas tromper par l’apparence extérieure du corps mais, au contraire, est attiré par l’étincelle spirituelle qui l’anime.
Ceux qui imitent l’uttama-adhikārī en faisant montre de sentiments de fraternité et de solidarité, mais ne prennent en considération que le corps matériel, sont de faux philanthropes. La vraie notion de fraternité universelle doit être acquise auprès d’un authentique uttama-adhikārī, non d’utopistes qui ignorent tout de l’âme distincte et de l’Âme Suprême, l’omniprésente émanation de Dieu.
Ce mantra indique clairement qu’il faut « observer », regarder de façon systématique. Le mot anupaśyati (anu,« suivre » et paśyati, « observer ») signifie en effet qu’il ne faut pas voir les choses telles que l’œil nu nous les montre, mais suivre les ācāryas d’une authentique lignée et voir par leur intermédiaire. L’œil imparfait ne permet pas de voir les choses telles qu’elles sont ; on ne peut percevoir la vérité que si on la reçoit d’une source supérieure, et la plus haute source de vérité est le savoir védique, émis par le Seigneur Lui-même. Cette vérité fut transmise par une succession de maître à disciple qui, depuis le Seigneur Lui-même, se poursuivit avec Brahmā, Nārada, Vyāsadeva et bien d’autres, jusqu’à nos jours. Aux temps védiques, il n’était pas nécessaire de mettre le message des Vedas sous forme écrite, car l’homme, plus intelligent et doué d’une mémoire plus développée qu’aujourd’hui, pouvait assimiler et suivre les instructions données en ne les ayant entendues qu’une seule fois des lèvres d’un maître spirituel authentique.
À l’heure actuelle, il existe de nombreux commentaires sur les Écritures révélées, mais la plupart d’entre eux ne suivent pas la lignée disciplique issue de Śrīla Vyāsadeva qui, le premier, compila la sagesse védique. Son œuvre finale, la plus parfaite et la plus sublime, est le Śrīmad-Bhāgavatam, le commentaire naturel du Vedānta-sūtra. Ce fut lui, aussi, qui transcrivit la Bhagavad-gītā, faite des paroles mêmes du Seigneur. Ce sont là les Écritures les plus importantes, et tout autre commentaire en contradiction avec les principes de la Bhagavad-gītāet du Śrīmad-Bhāgavatam est dépourvu d’autorité. Les enseignements des Upaniṣads, du Vedānta-sūtra, des Vedas, de la Bhagavad-gītā et du Śrīmad-Bhāgavatam sont tous en parfaite harmonie. Par conséquent, à moins d’avoir été initié au savoir par un maître de la lignée de Vyāsadeva, croyant en la Personnalité de Dieu et en Ses diverses énergies telles que les décrivent l’Īśopaniṣad, personne n’est apte à commenter les Vedas.
Selon la Bhagavad-gītā (18.54), seul l’homme ayant déjà atteint la libération spirituelle (brahma-bhūta) peut devenir un uttama-adhikārī et voir tous les êtres vivants comme ses propres frères. Les politiciens cupides d’aujourd’hui ne peuvent avoir cette vision. Même s’ils servent autrui au niveau du corps pour en tirer gloire ou autre avantage matériel, ceux qui ne font qu’imiter l’uttama-adhikārī ne rendent aucun service à l’âme spirituelle et n’ont aucune connaissance du monde spirituel. L’uttama-adhikārī, pour sa part, voit l’âme dans le corps de chaque être ; et quand il sert son prochain, c’est à elle qu’il s’adresse, comblant du même coup les besoins matériels et spirituels de ses frères.
Verse text
yasmin sarvāṇi bhūtāny
ātmaivābhūd vijānataḥ
tatra ko mohaḥ kaḥ śoka
ekatvam anupaśyataḥ
ātmaivābhūd vijānataḥ
tatra ko mohaḥ kaḥ śoka
ekatvam anupaśyataḥ
Synonyms
yasmin : dans cette situation ; sarvāṇi : tous ; bhūtāni : les êtres vivants ; ātmā : l’étincelle spirituelle ou cit-kaṇa ; eva : seulement ; abhūt : existe en tant que ; vijānataḥ : pour celui qui sait ; tatra : en cela ; kaḥ : quelle ; mohaḥ :illusion ; kaḥ : quelle ; śokaḥ : angoisse ; ekatvam : un en qualité ; anupaśyataḥ : pour celui qui voit à travers l’autorité en la matière, ou celui qui voit toujours ainsi.
Translation
Celui qui constamment voit en chaque être l’étincelle spirituelle, en qualité identique à Dieu, connaît la vraie nature des choses. Comment l’illusion ou l’angoisse pourraient-elles s’emparer de lui ?
Purport
Nul autre que le madhyama-adhikārī et l’uttama-adhikārī, dont nous parlions dans le mantra précédent, ne peut connaître avec justesse la nature spirituelle de l’être vivant. De même que le feu et les étincelles qui en jaillissent ne font qu’un en qualité, le Seigneur Suprême et les êtres vivants participent de la même nature. Pourtant, malgré une nature identique, le feu et l’étincelle ne sont pas égaux, car ils ne produisent pas la même intensité de chaleur et de lumière. Le mahā-bhāgavata, celui qui s’est entièrement voué à Dieu, voit donc l’unicité dans le sens où il comprend que tout est l’énergie du Seigneur. Il y a unicité, car il n’y a pas de différence entre l’énergie et sa source. Même si, d’un point de vue analytique, la chaleur et la lumière sont distinctes du feu, ce dernier n’existe pas séparé d’elles. Aussi peut-on dire, en faisant la synthèse, que la chaleur, la lumière et le feu ne sont qu’une seule et même chose.
Les mots ekatvam anupaśyataḥ utilisés dans ce mantra signifient « réaliser l’unicité de tous les êtres à partir de l’enseignement des Écritures révélées ». L’être vivant est une étincelle du Tout, c’est-à-dire de Dieu, et il possède presque 80% des attributs du Tout, mais en infime quantité puisqu’il n’en est qu’une infime partie. Pour user d’une autre analogie, le rapport entre Dieu et les êtres vivants ressemble à celui qui existe entre l’océan et la goutte d’eau. Bien que le sel qu’ils contiennent soit de même composition chimique, la quantité en diffère considérablement. Si l’être distinct était en tout l’égal de Dieu, en quantité comme en qualité, jamais il n’aurait subi l’influence de l’énergie matérielle. On a vu dans les mantras précédents, qu’aucun être — pas même les puissants devas — ne peut égaler l’Être Suprême, à quelque égard que ce soit. Le terme sanskrit ekatvam, dans ce verset, ne suggère donc pas l’égalité totale du Seigneur et de l’être, mais signifie, dans un sens plus large, que leurs intérêts sont communs, comme ceux qui unissent les membres d’une même famille ou les citoyens d’une même nation, malgré la multiplicité des individus. Les intérêts de l’être distinct et ceux de l’Être Suprême sont donc identiques, puisque Dieu et Ses parties intégrantes composent une même famille suprême ; chaque être est le fils de Dieu. La Bhagavad-gītā (7.5) enseigne que toutes les créatures de l’univers — non seulement les humains, mais aussi les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les poissons, les arbres, etc. — émanent de l’énergie marginale du Seigneur Suprême. On peut donc dire qu’elles appartiennent toutes à la famille du Seigneur, et nulle mésentente ou incompatibilité n’est possible entre elles.
Tout être spirituel est destiné au bonheur, dit le Vedānta-sūtra (1.1.12) : ānanda-mayo ’bhyāsāt. De par leur nature et leur constitution, tous les êtres — le Seigneur Suprême aussi bien que tout être émanant de Lui — sont faits pour le bonheur éternel. Tous les êtres emprisonnés dans la matière recherchent constamment le bonheur, mais ils le cherchent au mauvais endroit. Au-delà de la dimension matérielle se trouve la dimension spirituelle, dénuée de tout attribut matériel (nirguṇa) et libre des conflits d’intérêts, où l’Être Suprême et Ses innombrables compagnons jouissent d’une félicité éternelle. Dans le monde matériel, les divers individus sont toujours en lutte, car ils ignorent où se trouve le bonheur. Le véritable centre du bonheur est le Seigneur Suprême, cœur de la sublime danse rāsa. Nous sommes tous destinés à Le rejoindre et à jouir avec Lui d’une vie libre de tout conflit, axée sur un commun intérêt transcendantal. Quiconque peut comprendre cette harmonie parfaite ne connaîtra plus l’illusion (moha) ni la lamentation (soka).
L’illusion engendre une civilisation athée, promise à la lamentation. En raison des lois de la nature, la civilisation que nous offrent les politiciens modernes ne sera jamais qu’un foyer d’angoisse, car elle peut s’effondrer à tout moment. Comme le dit la Bhagavad-gītā (7.14), seuls ceux qui s’abandonnent aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur Suprême peuvent se soustraire aux dures lois de la nature. Si nous voulons échapper à l’illusion et à l’angoisse, et unifier les désirs de chacun, nous devons centrer toutes nos activités sur Dieu.
Il faut dédier au service du Seigneur les fruits de nos efforts et ne les destiner qu’à cette fin si nous voulons connaître l’ātma-bhūta dont parle la Śrī Īśopaniṣad. La satisfaction de l’âme, l’ātma-bhūta de ce verset, est identique au brahma-bhūta de la Bhagavad-gītā (18.54). L’ātmā suprême est le Seigneur Lui-même, tandis que l’ātmā infinitésimal est l’être vivant. L’ātmā suprême, le Paramātmā, subvient aux besoins de tous les êtres distincts infimes pour connaître la joie de leur amour, comme un père se multiplie à travers ses enfants et prend soin d’eux pour jouir du plaisir de leur compagnie. Qu’ils soient obéissants, et les rapports familiaux seront très harmonieux, l’atmosphère de la maison agréable, les aspirations communes. Il en est de même au niveau transcendantal de la famille absolue du Parabrahman, l’Être spirituel suprême.
Le Parabrahman est une personne au même titre que les êtres distincts ; aucun d’eux n’est impersonnel. Au niveau spirituel, toute personne jouit de la connaissance, de l’éternité et de la félicité absolues. Voilà donc les caractères de l’existence spirituelle, et ceux qui retrouvent la pleine conscience de cette dimension transcendantale s’abandonnent aussitôt aux pieds pareils-au-lotus de l’Être Suprême, Śrī Kṛṣṇa. Mais ces mahātmās, ces grandes âmes, sont très rares, car ce n’est qu’après de nombreuses vies que l’on peut atteindre à cette réalisation qui marque la fin de l’illusion, de la détresse, des souffrances issues de l’existence matérielle, et du cycle des morts et des renaissances. Voilà donc ce que nous apprend ce mantra de la Śrī Īśopaniṣad.
Verse text
sa paryagāc chukram akāyam avraṇam
asnāviraḿ śuddham apāpa-viddham
kavir manīṣī paribhūḥ svayambhūr
yāthātathyato ’rthān vyadadhāc chāśvatībhyaḥ samābhyaḥ
asnāviraḿ śuddham apāpa-viddham
kavir manīṣī paribhūḥ svayambhūr
yāthātathyato ’rthān vyadadhāc chāśvatībhyaḥ samābhyaḥ
Synonyms
saḥ : cette personne ; paryagāt : doit vraiment connaître ; śukram : l’omnipotent ; akāyam : non incarné ; avraṇam : sans reproche ; asnāviram : sans veines ; śuddham : antiseptique ; apāpa-viddham : prophylactique ; kaviḥ : omniscient ; manīṣī : le philosophe ; paribhūḥ : le plus grand de tous ; svayambhūḥ : qui Se suffit à Lui-même ; yāthātathyataḥ : selon ; arthān : les choses désirables ; vyadadhāt : accorde ; śāśvatībhyaḥ :immémoriaux ; samābhyaḥ : les temps.
Translation
Celui-là connaît dans toute Sa vérité Dieu, l’Être Suprême non incarné, omnipotent, irréprochable et omniscient, le philosophe qui Se suffit à Lui-même et satisfait les désirs de tous depuis des temps immémoriaux ; nulle veine n’irrigue Son corps et rien ne souille Sa pureté.
Purport
Ce mantra décrit la forme éternelle et transcendantale de Dieu, la Personne Absolue. En effet, le Seigneur Suprême n’est pas dénué de forme. Il possède un corps transcendantal qui n’est en rien comparable à ceux de l’univers matériel. Le corps des êtres ici-bas est formé de matière et fonctionne comme n’importe quelle machine ; sa structure anatomique repose sur un ensemble de mécanismes : fonctions respiratoires, digestives, sanguines… Mais le corps du Seigneur est transcendantal et, comme l’indique ce mantra, ne dépend d’aucun système veineux. Et s’il est clairement dit que Dieu est non incarné, c’est qu’aucune différence n’existe entre Son corps et Son âme, et qu’Il n’est pas, comme nous, forcé par les lois de la nature à revêtir un corps matériel. Dans notre situation, l’âme est différente du corps physique et du mental subtil, alors qu’une telle distinction n’existe pas en Dieu. Il est le Tout Complet et Absolu, aussi Son corps, Son mental et Lui-même ne font-ils qu’un.
La nature du Seigneur Suprême est pareillement décrite dans la Brahma-saṁhitā (5.1) par les mots sac-cid-ānanda-vigraha — « Sa forme est éternelle, elle est la quintessence de l’existence, de la connaissance et de la félicité absolues. » Les Écritures védiques parlent sans équivoque du corps transcendantal de Dieu comme étant totalement différent du nôtre ; c’est la raison pour laquelle on Le dit parfois sans forme. Cela veut dire que Sa forme n’est pas matérielle comme la nôtre et qu’Il ne possède pas de forme concevable par l’homme. La Brahma-saṁhitā (5.32) explique en outre que les différentes parties de Son corps peuvent chacune occuper les fonctions des autres. Le Seigneur peut ainsi entendre avec Sa bouche, voir avec Ses mains, accepter des offrandes de nourriture avec Ses yeux, etc. Selon les śruti-mantras, Ses bras et Ses jambes, bien que différents des nôtres, Lui permettent de prendre ce que nous Lui offrons et de Se déplacer plus rapidement que quiconque. Ce que ce huitième mantra corrobore avec des qualificatifs comme śukram, « omnipotent ».
La forme arcā-vigraha, intronisée dans le temple par un maître spirituel authentique (réalisé en terme du mantra sept) afin d’y être adorée, n’est pas différente de la forme originelle du Seigneur, Śrī Kṛṣṇa. Celui-ci Se multiplie en effet en un nombre incalculable de formes, tels Baladeva, Rāma, Nṛsiṁha, Varāha, etc., qui toutes sont le même et unique Dieu. L’arcā-vigraha adorée dans le temple est, au même titre, une émanation du Seigneur. On peut immédiatement entrer en contact avec Dieu par le culte rendu à Son arcā-vigraha qui, grâce à Son omnipotence, accepte le service de Son dévot. L’arcā-vigraha « descend » à la requête des ācāryas, les saints maîtres, et en vertu de la toute-puissance du Seigneur possède exactement les mêmes pouvoirs d’action que Lui.
Certains, ignorant ces mantras de la Śrī Īśopaniṣad et les autres śruti-mantras, croient sottement que les bhaktas rendent un culte à des éléments matériels. À leurs yeux imparfaits, comme à ceux des kaniṣṭha-adhikārīs,l’arcā-vigraha n’est que matière. Ils sont incapables de comprendre que le Seigneur peut, du fait de Son omniscience et de Son omnipotence, transformer à Son gré la matière en esprit et l’esprit en matière.
Certains, ignorant ces mantras de la Śrī Īśopaniṣad et les autres śruti-mantras, croient sottement que les bhaktas rendent un culte à des éléments matériels. À leurs yeux imparfaits, comme à ceux des kaniṣṭha-adhikārīs,l’arcā-vigraha n’est que matière. Ils sont incapables de comprendre que le Seigneur peut, du fait de Son omniscience et de Son omnipotence, transformer à Son gré la matière en esprit et l’esprit en matière.
Dans la Bhagavad-gītā (9.11–12), le Seigneur déplore la déchéance de ces ignorants qui, ne sachant rien de Son pouvoir, Le rabaissent à l’état d’homme ordinaire lorsqu’Il descend sur terre. Il ne Se manifeste jamais pleinement à ces ergoteurs, car on ne Le connaît qu’en proportion de notre abandon à Lui. La dégradation de tous ceux qui vivent en ce monde est entièrement due à leur oubli de la relation les unissant à Dieu.
Ce mantra, comme bien d’autres mantras védiques, dit très clairement que c’est le Seigneur qui, depuis des temps immémoriaux, subvient aux besoins de tous les êtres. L’être connaît diverses aspirations que le Seigneur satisfait selon le mérite de chacun. Celui qui veut devenir magistrat doit non seulement posséder les qualifications requises, mais aussi recevoir sa nomination de l’autorité judiciaire en place. Il ne suffit pas d’avoir les diplômes nécessaires pour occuper un poste, il faut encore qu’un supérieur accorde au candidat sa nomination. De même, à un autre niveau, le Seigneur récompense chaque être selon ses mérites, mais ces mérites en eux-mêmes ne sont pas suffisants ; il doit s’y ajouter la sanction du Seigneur.
Les êtres ne savent généralement pas quoi demander au Seigneur ni quelle position réclamer. Mais quand ils viennent à connaître leur nature intrinsèque, leur position originelle, ils demandent au Seigneur de vivre en Sa compagnie transcendantale afin de Le servir avec amour et dévotion. Malheureusement, ceux qui subissent l’emprise de la matière Lui adressent des requêtes d’un tout autre ordre. La Bhagavad-gītā (2.41) dit de l’intelligence matérielle de ces gens qu’elle est dispersée, poursuivant des fins multiples, au contraire de l’intelligence spirituelle, qui tend vers un but unique. Le Śrīmad-Bhāgavatam (7.5.30–31) ajoute que ceux qui sont captivés par l’éphémère beauté de l’énergie externe oublient le véritable but de l’existence, qui est de retourner à Dieu. S’efforçant alors seulement d’améliorer leurs conditions de vie, ils élaborent toutes sortes de projets et de plans, mais cela revient à mâcher sans cesse ce qui a déjà été mâché. L’indulgence du Seigneur à leur égard est telle cependant, qu’Il leur permet de faire ce qu’ils désirent, sans jamais contrarier leurs desseins. Ce mantra utilise pour cela un mot très approprié, yāthātathyataḥ, qui signifie que le Seigneur récompense l’être exactement selon son désir. À qui veut trouver une vie infernale, le Seigneur le permet, comme Il aide celui qui le souhaite à retourner à Lui, dans le monde spirituel.
Le Seigneur est ici nommé paribhūḥ, « l’Être Suprême ». Nul ne L’égale, nul ne Lui est supérieur. Les autres êtres sont, selon ce mantra, des mendiants en quête de bienfaits que le Seigneur accorde. Si notre puissance égalait celle du Seigneur, si nous étions, comme Lui, omnipotents et omniscients, nous n’aurions nul besoin de mendier auprès de Lui, ni même de Le prier pour une prétendue libération de la matière. La vraie libération consiste à retourner à Dieu ; celle des impersonnalistes n’est qu’un mythe. L’être continuera de mendier ainsi perpétuellement pour son plaisir égoïste jusqu’à ce qu’il retrouve sa raison spirituelle et prenne conscience de sa nature intrinsèque.
Le Seigneur seul Se suffit entièrement à Lui-même. Lorsque Śrī Kṛṣṇa apparut sur terre il y a 5 000 ans, Il fit voir par Ses activités surnaturelles qu’Il était Dieu, la Personne Suprême. Dans Son enfance, Il extermina nombre d’êtres démoniaques et de monstres puissants, tels Aghāsura, Bakāsura et Śakatāsura, alors qu’à un âge encore si tendre, il était impossible qu’Il eût acquis une telle puissance par aucune pratique que ce soit. Il fut capable, par exemple, de soulever la colline Govardhana et n’eut pas besoin pour cela de s’exercer à l’haltérophilie. Il dansa avec les gopīs sans souci des convenances, et pourtant sans qu’aucune faute puisse Lui être imputée. En fait, si les relations amoureuses de Kṛṣṇa et des gopīs avaient été le fruit de la luxure et n’avaient pas transcendé l’amour matériel, jamais Śrī Caitanya, qui suivait strictement toutes les règles du sannyāsa, ne les aurait exaltées.
La Śrī Īśopaniṣad confirme ici, avec les termes śuddham et apāpa-viddham, que le Seigneur est pur et qu’Il ne peut être contaminé. Il est śuddham (littéralement « antiseptique ») dans le sens où une chose impure est purifiée à Son seul contact, et apāpa-viddham (littéralement « prophylactique »), dans la mesure où Il protège de toute souillure ceux qui entrent en contact avec Lui. La Bhagavad-gītā (9.30–31) explique qu’à ses débuts un bhaktapeut sembler faire de constants écarts (su-durācāra), mais on doit le considérer comme pur car il est engagé sur la voie juste. Telle est l’une des manifestations de la nature « prophylactique » du Seigneur. Un autre aspect de cette qualité est que Dieu ne peut être touché par le péché ; chacun de Ses gestes est vertueux, même s’ils peuvent parfois sembler immoraux. Parce qu’Il est śuddham, « antiseptique », c’est-à-dire qu’Il demeure pur en toutes circonstances et purifie tout objet impur, on compare le Seigneur au soleil, lequel reste pur tout en asséchant les pires endroits et en stérilisant les choses les plus immondes. Or, si le soleil, simple corps matériel, possède ce pouvoir, nous pouvons à peine imaginer combien grand est le pouvoir de purification du Seigneur tout-puissant.
La Śrī Īśopaniṣad confirme ici, avec les termes śuddham et apāpa-viddham, que le Seigneur est pur et qu’Il ne peut être contaminé. Il est śuddham (littéralement « antiseptique ») dans le sens où une chose impure est purifiée à Son seul contact, et apāpa-viddham (littéralement « prophylactique »), dans la mesure où Il protège de toute souillure ceux qui entrent en contact avec Lui. La Bhagavad-gītā (9.30–31) explique qu’à ses débuts un bhaktapeut sembler faire de constants écarts (su-durācāra), mais on doit le considérer comme pur car il est engagé sur la voie juste. Telle est l’une des manifestations de la nature « prophylactique » du Seigneur. Un autre aspect de cette qualité est que Dieu ne peut être touché par le péché ; chacun de Ses gestes est vertueux, même s’ils peuvent parfois sembler immoraux. Parce qu’Il est śuddham, « antiseptique », c’est-à-dire qu’Il demeure pur en toutes circonstances et purifie tout objet impur, on compare le Seigneur au soleil, lequel reste pur tout en asséchant les pires endroits et en stérilisant les choses les plus immondes. Or, si le soleil, simple corps matériel, possède ce pouvoir, nous pouvons à peine imaginer combien grand est le pouvoir de purification du Seigneur tout-puissant.
Verse text
andhaṁ tamaḥ praviśanti
ye ’vidyām upāsate
tato bhūya iva te tamo
ya u vidyāyāḿ ratāḥ
ye ’vidyām upāsate
tato bhūya iva te tamo
ya u vidyāyāḿ ratāḥ
Synonyms
andham : l’ignorance grossière ; tamaḥ : les ténèbres ; praviśanti : entrent dans ; ye : ceux qui ; avidyām : la nescience ; upāsate : vénèrent ; tataḥ : que cela ; bhūyaḥ : plus encore ; iva : certes ; te : ils ; tamaḥ : ténèbres ; ye :ceux qui ; u : aussi ; vidyāyām : à cultiver la connaissance ; ratāḥ : engagés.
Translation
Ceux qui cultivent la nescience [le savoir profane] s’enfonceront dans les plus profondes ténèbres de l’ignorance, mais pire encore sont ceux qui cultivent un prétendu savoir.
Purport
On compare dans ce mantra la valeur de la vidyā à celle de l’avidyā. L’avidyā, l’ignorance, est sans aucun doute dangereuse, mais la vidyā, la connaissance, l’est encore plus lorsqu’elle est corrompue ou mal orientée. Ce passage s’applique à l’époque actuelle plus qu’à aucune autre. La civilisation moderne a certes fait de très grands progrès dans l’éducation des masses, mais le résultat en est que les gens sont plus malheureux qu’avant, à cause de l’importance capitale donnée à la prospérité matérielle, à l’exclusion de l’essentiel, l’aspect spirituel de la vie.
Le premier mantra de la Śrī Īśopaniṣad a clairement expliqué que la vidyā (la connaissance pure) consiste à savoir que le Seigneur Suprême est le possesseur de tout ce qui existe, et que l’avidyā (l’ignorance) consiste, elle, à l’oublier ; et plus on l’oublie plus on s’enfonce dans les ténèbres. De là, nous pouvons affirmer qu’une civilisation sans Dieu, tournée vers un prétendu développement de l’éducation, est plus redoutable qu’une civilisation où les gens sont moins « instruits ».
Parmi les trois catégories d’hommes, karmīs, jñānīs et yogīs, les karmīs sont ceux qui recherchent les plaisirs terrestres, et dans la civilisation moderne, 99,9% des gens appartiennent à cette catégorie, courant après les plaisirs sous l’étendard de l’industrialisation, du progrès économique, de l’activisme politique, de l’altruisme, etc. Leurs actes sont tous plus ou moins motivés par un désir de satisfaction des sens, en excluant la conscience divine telle que la décrit le premier mantra de cet ouvrage.
Dans la Bhagavad-gītā (7.15), on appelle mūḍhas (ânes) ceux qui recherchent les plaisirs matériels les plus grossiers, car l’âne est symbole de bêtise. Selon la Śrī Īśopaniṣad, une civilisation à la recherche vaine du seul plaisir honore l’avidyā, la nescience ; mais ceux qui renforcent ce genre de civilisation au nom du progrès de l’éducation font plus de tort encore que ceux qui en jouissent vulgairement. Le développement du savoir chez des impies est aussi redoutable qu’un joyau sur la tête d’un cobra, car un cobra coiffé d’une pierre précieuse est plus dangereux encore qu’un serpent ordinaire. Le Hari-bhakti-sudhodaya (3.11) compare également l’élévation du niveau d’éducation chez les incroyants à des ornements sur un cadavre. En Inde et en d’autres pays, des gens suivent la coutume de parer les cadavres et de les porter ensuite en procession pour contenter la famille éplorée. Dans le même esprit on peut dire que la civilisation moderne masque, avec tout un assortiment d’activités axées sur les plaisirs sensoriels, les souffrances perpétuelles qu’inflige l’existence matérielle. Mais au-dessus des sens se trouve le mental, puis l’intelligence, et au-delà de tous, l’âme. Le but de l’éducation devrait être la réalisation spirituelle, la réalisation des valeurs spirituelles de l’âme. Tout enseignement qui n’y mène pas relève de l’avidyā,la nescience, et cultiver cette nescience mène aux plus profondes ténèbres.
La Bhagavad-gītā (2.42, 7.15) donne aux faux maîtres les noms de veda-vāda-ratas et māyayāpahṛta-jñānas.Les veda-vāda-ratas se présentent comme de grands érudits védiques, mais ils ont complètement dévié de l’objectif ultime des Vedas. La Bhagavad-gītā (15.15) déclare que le but des Vedas est de connaître la Personne Divine, alors que les veda-vāda-ratas ne s’y intéressent nullement ; ils sont au contraire fascinés par les planètes édéniques et autres promesses de bonheur matériel.
Comme il est dit dans le premier mantra, nous devons savoir que Dieu, la Personne Suprême, est le possesseur de tout, et qu’il faut nous contenter de la part qu’Il nous accorde pour satisfaire aux besoins de notre existence. L’objet de toutes les Écritures védiques est de raviver cette conscience de Dieu dans le cœur de l’être oublieux, et ce principe, sous différentes formes, se retrouve dans les Écritures révélées du monde entier. Le but ultime de toutes les religions est de ramener à Dieu l’humanité plongée dans l’ignorance.
Mais les veda-vāda-ratas, plutôt que de reconnaître le vrai sens des Vedas, leur prêtent comme but ultime des effets d’ordre secondaire, comme l’accès aux plaisirs édéniques. Ils ne réalisent pas que ce désir de jouir sans restriction des sens est la cause première de leur enchaînement au monde matériel. Ils égarent les autres en interprétant faussement les Écritures védiques, allant même parfois jusqu’à rejeter les Purāṇas, qui sont d’authentiques commentaires védiques destinés à faciliter la compréhension des profanes. Les veda-vāda-ratas forgent leurs propres explications des Vedas et négligent l’autorité des grands maîtres. D’ordinaire, ils choisissent parmi eux une personne sans scrupule qu’ils présentent comme le plus grand exégète de la connaissance védique. Les mots sanskrits vidyāyāṁ ratāḥ, utilisés dans ce mantra, condamnent avec justesse ces insensés. Vidyāyām se rapporte à l’étude des Vedas, car les Vedas sont à l’origine de toute connaissance (vidyā) et ratāḥ veut dire « engagé » ; vidyāyāṁ ratāḥ signifie donc « ceux qui sont engagés dans l’étude des Vedas ». Ces prétendus érudits sont ici condamnés parce que, pour avoir désobéi aux ācāryas, ils ignorent le véritable objet des Vedas. Ces veda-vāda-ratās cherchent pour chaque mot des Vedas une signification justifiant leurs propres vues. Ils ignorent que les Écritures védiques ne sont pas une simple collection de livres ordinaires et qu’elles ne peuvent être comprises qu’à travers une filiation spirituelle remontant au Seigneur Lui-même.
La Muṇḍaka-Upaniṣad (1.2.12) recommande d’approcher un véritable maître spirituel si l’on veut comprendre le message transcendantal des Vedas. Les veda-vāda-ratas, eux, ont leurs propres « ācāryas » n’appartenant à aucune filiation spirituelle authentique. Par leur fausse interprétation des Écritures védiques, ils s’enfoncent plus encore dans les ténèbres de l’ignorance que ceux qui ne connaissent rien des Vedas.
Les māyayāpahṛta-jñānas, pour leur part, se proclament eux-mêmes Dieu, et ne voient donc pas la nécessité d’en adorer un autre. Ils accepteront de vénérer un homme ordinaire, s’il est riche, mais jamais d’adorer la Divine Personne. Dans leur sottise, ils ne voient pas l’absurdité qu’il y a à croire que Dieu puisse être captif de l’illusion, māyā, Sa propre énergie. Si Dieu était sujet à l’illusion, il faudrait concevoir l’illusion comme plus puissante que Dieu ; or, ils affirment par ailleurs que Dieu est tout-puissant. Si Dieu est tout-puissant, comment peut-Il être dominé par l’illusion ? Incapables de résoudre ces questions, ils se satisfont de se croire Dieu.
Verse text
anyad evāhur vidyayā-
nyad āhur avidyayā
iti śuśruma dhīrāṇāṁ
ye nas tad vicacakṣire
nyad āhur avidyayā
iti śuśruma dhīrāṇāṁ
ye nas tad vicacakṣire
Synonyms
anyat : différent ; eva : sûrement ; āhuḥ : dit ; vidyayā : en cultivant la connaissance ; anyat : différent ; āhuḥ : dit ; avidyayā : en cultivant la nescience ; iti : ainsi ; śuśruma : j’ai entendu ; dhīrāṇām : des êtres sereins ; ye : qui ; naḥ : à nous ; tat : cela ; vicacakṣire : ont expliqué.
Translation
Les sages nous ont expliqué que les fruits du vrai savoir spirituel sont d’une autre nature que les fruits de la nescience.
Purport
Le treizième chapitre de la Bhagavad-gītā nous apprend comment conduire notre recherche du vrai savoir. Il faut :
1) Devenir un parfait honnête homme et apprendre à respecter autrui.
2) Ne pas se prétendre religieux à seule fin d’acquérir gloire et renom.
3) Ne pas être, par nos pensées, nos paroles ou nos actes, une source d’angoisse pour autrui.
4) Apprendre à être tolérant, même face aux provocations.
5) Éviter la duplicité dans nos rapports avec les autres.
6) Chercher un maître spirituel authentique, capable de mener graduellement son disciple à la réalisation spirituelle et s’en remettre à lui, le servir, et s’instruire auprès de lui par des questions appropriées.
7) Suivre les principes régulateurs enjoints par les Écritures révélées.
8) Assimiler avec conviction les enseignements des Écritures.
9) S’abstenir rigoureusement de toute pratique susceptible d’entraver notre progrès dans la réalisation spirituelle.
10) Ne pas prendre plus que ce dont le corps a besoin pour sa subsistance.
11) Ne pas commettre l’erreur de s’identifier à son corps matériel et de considérer comme siennes sa famille, sa nation, sa race…
12) Toujours nous souvenir que tant que nous aurons un corps matériel, nous devrons faire face aux souffrances qu’engendrent la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. Il est vain de chercher, par toutes sortes d’artifices, à nous y soustraire ; la meilleure solution est de trouver le moyen de regagner notre identité spirituelle.
13) Ne pas s’attacher à plus de biens matériels qu’il n’en faut pour son évolution spirituelle.
14) Ne pas s’attacher à sa femme, à ses enfants et à son foyer plus que ne le recommandent les Écritures.
15) Rester d’humeur égale dans la peine ou le plaisir, sachant que ces sensations naissent dans notre mental.
16) Devenir un pur dévot de la Personne Suprême, Śrī Kṛṣṇa, et Le servir de tout son être.
17) Préférer habiter un endroit solitaire, calme et tranquille, favorable à la recherche spirituelle et éviter les lieux congestionnés où se rassemblent les non-dévots.
18) Rechercher en tant que savant ou philosophe le savoir spirituel plutôt que le savoir matériel, en sachant que le premier est permanent tandis que le second périt avec le corps.
Ces dix-huit principes permettent d’acquérir graduellement le savoir véritable. Tout autre mode d’éducation entre dans la catégorie de la nescience. Śrīla Bhaktivinoda Ṭhākura, un grand ācārya, disait à ce propos que la connaissance matérielle, sous toutes ses formes, est une simple manifestation de l’énergie illusoire et ne peut qu’abêtir l’homme. La Śrī Īśopaniṣad conclut de même en avançant que l’homme se dégrade au fur et à mesure que s’accroissent ses connaissances matérielles. Sous le couvert d’une « conscience spirituelle », certains politiciens matérialistes dénoncent le caractère diabolique de la civilisation actuelle, mais ils ne font malheureusement aucun effort pour cultiver la connaissance parfaite donnée dans la Bhagavad-gītā, et restent donc incapables de remédier à cette situation infernale.
De nos jours, même les enfants se croient indépendants et ne montrent plus aucun respect pour leurs aînés. Les universités ne leur offrant plus qu’une éducation faussée, ils deviennent une cause d’inquiétude pour leurs parents et leurs professeurs. La Śrī Īśopaniṣad nous avertit de bien faire la distinction entre ces deux éducations, matérielle et spirituelle. Les universités sont pour ainsi dire de véritables temples de l’ignorance, et par conséquent les savants qu’elles produisent s’absorbent dans l’invention d’armes létales capables d’anéantir les autres nations. Aujourd’hui, les étudiants ne reçoivent aucune instruction sur les principes régulateurs du brahmacarya (période de célibat et d’étude sous la tutelle d’un maître spirituel) et n’ont aucune foi en les règles prescrites par les Écritures. On n’enseigne plus la religion que pour le renom et non pas pour une application pratique dans la vie. De là toutes sortes de conflits, non seulement à l’échelle politique et sociale, mais aussi sur le plan religieux.
Le nationalisme n’a connu son essor dans le monde qu’à cause de l’éducation matérialiste des peuples. Personne ne tient plus compte du fait que la petite planète Terre n’est qu’une masse de matière qui flotte dans un espace sans mesure en compagnie d’innombrables autres. Ces masses de matière se perdent dans l’immensité du cosmos comme des particules de poussière dans l’air. Elles possèdent néanmoins tout ce qu’il faut pour se maintenir dans l’espace, car Dieu les a chacune entièrement pourvue de tout le nécessaire. Les astronautes sont très fiers de leurs exploits, mais ils oublient le pilote suprême, maître de vaisseaux spatiaux beaucoup plus grands, ces vaisseaux gigantesques que sont les planètes.
Il existe d’innombrables Soleils et d’innombrables systèmes planétaires. Et pourtant, nous, créatures minuscules, infimes parties du Seigneur Suprême, essayons vie après vie de dominer cette infinité de planètes, alors que nous sommes constamment vaincus dans nos efforts par la vieillesse et la maladie. La longévité maximale de l’homme est généralement de cent ans et elle va graduellement décroître pour ne plus être un jour que de vingt ou trente ans. Par suite d’une éducation fondée sur l’ignorance, l’homme égaré a divisé la planète en différentes nations dans l’espoir de jouir plus efficacement de ces quelques années de vie, et essaye en vain de rendre ces démarcations toujours plus rigoureuses. L’angoisse qui en découle fait que chaque pays investit, et gaspille, la moitié de ses forces dans la défense nationale, tandis qu’on ne voit, de la part des dirigeants, aucun effort pour développer la connaissance pure. Les peuples ne s’en flattent pas moins d’être à la pointe du progrès du point de vue tant matériel que spirituel.
La Śrī Īśopaniṣad nous met en garde contre l’aberration que représente un tel système d’éducation et la Bhagavad-gītā nous apprend comment acquérir un savoir véritable. Ce mantra déclare que seul le dhīra peut nous donner la connaissance pure (vidyā). Le dhīra est celui qui demeure toujours serein et que l’illusion n’affecte pas. Or, seul l’être conscient de son identité spirituelle peut devenir dhīra, car ce n’est qu’une fois cette réalisation atteinte qu’on peut cesser de convoiter ce qu’on n’a pas et de pleurer ce qu’on n’a plus. Le dhīra sait que le corps et le mental acquis lors de son contact avec la matière sont totalement étrangers à son vrai moi, son moi spirituel, et qu’il doit faire contre mauvaise fortune bon cœur en faisant le meilleur usage de ce pesant fardeau.
Le corps et le mental matériels sont en effet une mauvaise affaire pour l’être spirituel, fait pour vivre dans un monde vivant, spirituel. Contrairement au monde spirituel, l’univers matériel est un monde mort, et il ne semble vivre que lorsque la matière inerte s’anime au contact des êtres, étincelles spirituelles vivantes, parties intégrantes de Dieu. Le dhīra est l’homme qui a reçu cette connaissance des lèvres d’autorités spirituelles compétentes et qui l’a parfaitement comprise en suivant les principes régulateurs de la vie spirituelle.
Or, pour pouvoir suivre ces principes, l’aide d’un maître authentique est essentielle. Le message transcendantal et les principes régulateurs doivent donc se transmettre de maître à disciple, et non pas dépendre des aléas d’une éducation profane. Pour devenir dhīra nous devons écouter avec soumission un maître authentique. Arjuna, par exemple, devint un dhīraen écoutant humblement Śrī Kṛṣṇa, la Personne Suprême. Le disciple parfait doit donc être semblable à Arjuna, et le maître spirituel parfait, aussi qualifié que Kṛṣṇa Lui-même. C’est ainsi que l’on acquiert la vidyā, la connaissance pure, auprès d’un dhīra empli de sérénité.
L’adhīra, celui qui, au contraire du dhīra, n’a pas reçu d’éducation spirituelle, n’est apte ni à instruire, ni à diriger. Les dirigeants d’aujourd’hui prétendent être des dhīras, mais ils ne sont en fait que des adhīras, et nul ne peut espérer recevoir d’eux la connaissance parfaite. Ne se souciant que de s’enrichir, comment pourraient-ils guider les masses sur la voie juste de la réalisation spirituelle ? Une véritable éducation ne peut s’obtenir qu’auprès d’un dhīra, par une écoute soumise.
Verse text
vidyāṁ cāvidyāṁ ca yas
tad vedobhayaḿ saha
avidyayā mṛtyuṁ tīrtvā
vidyayāmṛtam aśnute
tad vedobhayaḿ saha
avidyayā mṛtyuṁ tīrtvā
vidyayāmṛtam aśnute
Synonyms
vidyām : la connaissance réelle ; ca : et ; avidyām : la nescience ; ca : et ; yaḥ : celui qui ; tat : cela ; veda : sait ; ubhayam : les deux ; saha : simultanément ; avidyayā : en cultivant la nescience ; mṛtyum : les morts répétées ; tīrtvā : transcendant ; vidyayā : en cultivant la connaissance ; amṛtam : l’immortalité ; aśnute : jouit de.
Translation
Celui qui, simultanément, peut cultiver la connaissance transcendantale et le savoir profane est seul capable d’échapper au cycle des morts et des renaissances et pourra jouir des bénédictions que confère l’immortalité.
Purport
Depuis la création de l’univers matériel, tout le monde s’efforce de vivre pour toujours, mais les lois de la nature sont d’une telle rigueur que nul n’a jamais pu échapper à la mort. Personne ne veut mourir, personne non plus ne désire vieillir ou tomber malade, mais les lois de la nature n’épargnent à personne ni la souffrance, ni la vieillesse, ni la mort. Ce problème demeure sans solution malgré les progrès de la science. Bien qu’elle ait permis à l’homme de découvrir la bombe atomique et de détruire la vie à une plus grande échelle, la science n’a pu le protéger des griffes cruelles de la maladie, de la vieillesse et de la mort.
Les Purāṇas relatent les méfaits d’Hiraṇyakaśipu, un roi qui vivait à un niveau de civilisation très avancé. Croyant que ses possessions et sa science matérielles lui permettraient de vaincre la mort, il se soumit à une ascèse telle qu’il acquit des pouvoirs surnaturels qui perturbèrent tous les systèmes planétaires. Il obligea ainsi Brahmā, le premier des devas et créateur de l’univers, à venir à lui et lui demanda la faveur de devenir un amara, un être immortel. Brahmā ne put lui accorder cette bénédiction car lui-même, le régent de toutes les planètes, n’était pas immortel. Comme la Bhagavad-gītā (8.17) le confirme, la vie de Brahmā est d’une durée difficile à concevoir, mais qui n’est pas pour autant sans fin.
Hiraṇya se traduit par « or » et kaśipu par « lit moelleux ». Voilà donc ce qui intéressait ce roi, l’argent et les femmes, et il désirait en jouir davantage en devenant immortel. Il essaya donc d’obtenir de Brahmā des bénédictions qui lui conféreraient, indirectement, l’immortalité. Il lui demanda de n’être tué ni par un homme, ni par un animal, ni par un deva, ni par aucun être appartenant aux 8 400 000 espèces vivantes. Il demanda de ne pas mourir sur la terre, dans l’air ou dans l’eau, et de n’être atteint mortellement par aucune arme. Brahmā lui accorda tout et l’insensé se crut à l’abri de la mort. Il mourut cependant, tué par la Personne Suprême sous la forme de Nṛsiṁha, un homme-lion, qui n’utilisa pour toute arme, que Ses griffes. Hiraṇyakaśipu ne fut tué ni sur le sol, ni dans l’air, ni dans l’eau, mais sur les genoux du Seigneur, dans cette forme extraordinaire que le roi démoniaque n’aurait jamais pu concevoir.
La leçon est que même Hiraṇyakaśipu, le plus puissant des matérialistes, ne put, avec ses machinations, échapper à la mort. Que dire alors des petits Hiraṇyakaśipus d’aujourd’hui, dont les plans sont déjoués à chaque instant ?
La Śrī Īśopaniṣad enseigne que dans le combat pour l’existence, il ne faut pas tenter de vaincre de façon unilatérale. Tout le monde lutte très fort pour sa survie, mais les lois de la nature sont si rigoureuses que nul ne peut les surmonter. Le seul chemin de l’immortalité est le retour à Dieu.
La science spirituelle, qui nous permet ce retour, est une branche tout à fait distincte de l’éducation et doit être puisée dans les Écritures védiques tels les Upaniṣads, le Vedānta, la Bhagavad-gītā, et le Śrīmad-Bhāgavatam. Il nous faut donc étudier ces Écritures sacrées et acquérir la connaissance spirituelle afin d’obtenir le bonheur dans cette vie, et une existence éternellement heureuse après avoir quitté son corps. L’être conditionné oublie sa relation éternelle avec Dieu, et se méprend à accepter l’endroit où il est né comme une fin en soi. Dans Son infinie bonté, le Seigneur a donné les Écritures védiques en Inde, ainsi que d’autres Écritures en d’autres contrées, afin de rappeler aux hommes que ce monde matériel n’est pas leur véritable demeure. L’être vivant est de nature spirituelle ; il ne peut donc trouver le bonheur qu’en réintégrant sa demeure spirituelle auprès de Dieu.
De Son royaume, Kṛṣṇa envoie Ses purs serviteurs transmettre la connaissance qui permettra aux âmes conditionnées de retourner à Lui. Mais il arrive également qu’Il descende Lui-même afin de remplir cette mission. Les êtres vivants font tous partie intégrante de Dieu, ils sont tous Ses enfants bien-aimés. Dieu est donc encore plus désolé que nous de voir nos constantes souffrances dans l’existence matérielle. Ces tourments servent à nous rappeler indirectement que nous sommes incompatibles avec la matière inerte. L’être intelligent tient généralement compte de ces avertissements et se met à cultiver la connaissance transcendantale (vidyā). La vie humaine est le terrain le plus favorable pour la culture de la connaissance spirituelle ; aussi celui qui néglige pareille opportunité est appellé narādhama, le plus déchu des hommes.
La voie de l’avidyā, c’est-à-dire le progrès d’un savoir profane destiné à intensifier le plaisir des sens, mène à la mort et à la renaissance. L’être vivant, en réalité, du fait de sa nature spirituelle, n’est sujet ni à la naissance, ni à la mort, qui n’affectent que le corps, enveloppe de l’âme spirituelle. Mourir, c’est comme ôter un vêtement usé, et naître, en revêtir un neuf, mais ceux qui sont grossièrement absorbés dans l’accumulation du savoir matériel (avidyā), ne se soucient pas du cruel processus de la transmigration de l’âme. Ensorcelés par la beauté de l’énergie illusoire, ils retrouvent vie après vie les mêmes souffrances, sans tirer aucun parti des leçons que leur donnent les lois de la nature.
La connaissance spirituelle (vidyā) est essentielle pour l’homme. Dans cette condition maladive qu’est la vie matérielle, il doit restreindre autant que possible les plaisirs des sens car ils entraînent l’ignorance et la mort. En vérité, l’être n’est pas dénué de sens spirituels. Tout être est doté, dans sa forme spirituelle originelle, de sens spirituels qui, à l’état présent, sont voilés par le corps physique et subtil et se présentent sous la forme des sens matériels. Les activités des sens, dans l’univers matériel, ne sont qu’un reflet dénaturé de celles du monde spirituel. Dans cet état maladif, emprisonnée dans un corps matériel, l’âme se livre à des actes matériels ; elle ne pourra connaître un bonheur véritable qu’une fois soulagée de la « maladie » du matérialisme, une fois sa forme spirituelle retrouvée, purifiée de toute souillure. Un malade doit guérir avant de pouvoir jouir à nouveau de la vie. Il en est de même de l’âme. Il faut employer la vie humaine à se guérir du mal matériel et non à s’abandonner aux plaisirs pervertis des sens. Aggraver le mal n’est pas un signe de savoir, mais une preuve d’ignorance. Un malade souffrant d’une forte fièvre n’essaiera pas de la faire monter, mais bien de la ramener à la normale. Ainsi la vie humaine doit-elle permettre à l’être de faire baisser sa fièvre matérielle. Mais la civilisation moderne tend plutôt à accroître cette fièvre qui a atteint son point culminant avec l’énergie atomique ; et, pendant ce temps, des politiciens insanes clament qu’à tout moment le monde peut sombrer. Tel est le résultat du progrès des sciences matérielles au détriment du plus important, la culture du savoir spirituel. La Śrī Īśopaniṣad nous prévient donc de ne pas suivre cette dangereuse voie vers l’anéantissement, mais au contraire de cultiver la connaissance spirituelle pour échapper aux griffes de la mort.
Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut cesser de prendre soin de son corps. Il serait aussi déraisonnable pour l’homme de négliger ses besoins vitaux qu’il serait absurde d’essayer, pour guérir un malade, de faire tomber sa température à 0℃. Nous avons déjà dit à ce sujet qu’il fallait chercher à tirer le meilleur parti d’une mauvaise affaire en utilisant son corps et son mental pour cultiver le savoir spirituel. Pour toucher au but, l’homme a besoin d’eux et doit en prendre soin. Il faut maintenir la température à 37℃ et les grands sages de l’Inde ont toujours essayé de garder saine la société par un juste équilibre entre connaissance matérielle et connaissance spirituelle. Jamais ils ne permirent à l’homme de faire un mauvais usage de son intelligence au profit de ses sens matériels.
L’homme possède une tendance maladive à rechercher le plaisir des sens, mais les Vedas lui donnent la méthode permettant de régler ses diverses activités matérielles de façon à atteindre la libération. Cette méthode inclut les actes de piété (dharma), la prospérité matérielle (ārtha), la satisfaction des désirs matériels (kāma) et la libération (mokṣa). Mais les actes de piété et la libération spirituelle n’intéressent plus personne de nos jours. L’homme a fait de la satisfaction de ses désirs matériels l’unique but de son existence et ne se soucie que d’arriver à la prospérité matérielle qui lui permettra d’atteindre cet objectif. Ainsi égaré, il observe des pratiques religieuses simplement parce qu’elles contribuent à l’accroissement des biens dont il a besoin pour sa jouissance sensorielle dans cette vie puis, dans la suivante, sur les planètes édéniques. Mais ce n’est pas là le but de la religion ; la piété doit nous amener à la réalisation spirituelle. Quant aux biens matériels ils ne sont requis que pour préserver la santé du corps car l’homme doit mener une vie saine et garder les pensées claires afin d’obtenir la vidyā, la vraie connaissance, but ultime de sa vie ; il n’est pas fait pour travailler comme un âne ou pour cultiver l’avidyā à seule fin de jouir de ses sens.
Dans le Śrīmad-Bhāgavatam la voie de la vidyā est parfaitement présentée et guide l’homme, tout au long de sa vie, dans sa quête de la Vérité Absolue. Appliquant les dix-huit principes de la Bhagavad-gītā cités au mantradix, développant ainsi la connaissance spirituelle et le renoncement, l’homme à l’esprit ouvert peut, petit à petit, réaliser l’Absolu, d’abord en tant que Brahman, puis en tant que Paramātmā, et finalement, en tant que Bhagavān,Dieu, la Personne Suprême. L’objectif essentiel de ces dix-huit principes est d’arriver à servir le Seigneur avec amour et dévotion, dans la transcendance, un art que les hommes de toute origine sont encouragés à apprendre.
Dans son Bhakti-rasāmṛta-sindhu, que nous avons publié sous le titre de « Nectar de la Dévotion », Śrīla Rūpa Gosvāmī a décrit la voie sûre menant à la vidyā. Quant au Śrīmad-Bhāgavatam (1.2.14), il la résume en ces mots :
tasmād ekena manasā
bhagavān sātvatāṁ patiḥ
śrotavyaḥ kīrtitavyaś ca
dhyeyaḥ pūjyaś ca nityadā
bhagavān sātvatāṁ patiḥ
śrotavyaḥ kīrtitavyaś ca
dhyeyaḥ pūjyaś ca nityadā
« Il faut donc constamment, l’attention concentrée, écouter ce qui a trait à Dieu, Le glorifier, L’adorer et se souvenir de Lui, la Personne Suprême et le protecteur de Ses dévots. »
La Śrī Īśopaniṣad démontrera ultérieurement que lorsqu’ils ne sont pas utilisés au service du Seigneur, la religion, la prospérité économique et le plaisir ne sont que différentes manifestations de l’ignorance.
Verse text
andhaṁ tamaḥ praviśanti
ye ’sambhūtim upāsate
tato bhūya iva te tamo
ya u sambhūtyāḿ ratāḥ
ye ’sambhūtim upāsate
tato bhūya iva te tamo
ya u sambhūtyāḿ ratāḥ
Synonyms
andham : l’ignorance ; tamaḥ : les ténèbres ; praviśanti : entrent dans ; ye : ceux qui ; asambhūtim : aux devas ; upāsate : rendent un culte ; tataḥ : que cela ; bhūyaḥ : plus encore ; iva : ainsi ; te : ceux ; tamaḥ : les ténèbres ; ye :qui ; u : aussi ; sambhūtyām : dans l’Absolu ; ratāḥ : engagés.
Translation
Ceux qui vouent leur culte aux devas s’enfoncent dans les pires ténèbres de l’ignorance ; plus profondément encore s’y enlisent ceux qui se vouent à l’Absolu impersonnel.
Purport
Le mot sanskrit asambhūti désigne les êtres dépendants. Kṛṣṇa, la Personne Absolue, est sambhūti, totalement indépendant.
na me viduḥ sura-gaṇāḥ
prabhavaṁ na maharṣayaḥ
aham ādir hi devānāṁ
maharṣīṇāṁ ca sarvaśaḥ
prabhavaṁ na maharṣayaḥ
aham ādir hi devānāṁ
maharṣīṇāṁ ca sarvaśaḥ
« Parce qu’ils procèdent tous de Moi, ni les devas, ni les grands sages ne connaissent Mon origine et Mon opulence. »
Dans la Bhagavad-gītā (10.2), Il affirme qu’Il est la source de tous les pouvoirs délégués aux devas, aux grands sages et aux yogīs. Mais parce que les pouvoirs qu’Il leur donne sont limités, il leur est très difficile de comprendre comment, par Sa puissance interne, Kṛṣṇa apparaît en ce monde, sous l’aspect d’un humain.
Dans la Bhagavad-gītā (10.2), Il affirme qu’Il est la source de tous les pouvoirs délégués aux devas, aux grands sages et aux yogīs. Mais parce que les pouvoirs qu’Il leur donne sont limités, il leur est très difficile de comprendre comment, par Sa puissance interne, Kṛṣṇa apparaît en ce monde, sous l’aspect d’un humain.
Plusieurs philosophes et ṛṣis (penseurs mystiques) cherchent à distinguer le relatif de l’Absolu à l’aide de leurs facultés mentales limitées ; cela ne peut que leur permettre d’aboutir à une conception incomplète de l’Absolu, négative et dénuée de tout aspect positif. À force de négations, ils en viennent à fabriquer leur propre notion de l’Absolu, avec l’idée, finalement, qu’Il est sans forme ni attributs. Mais ces qualités négatives qu’ils Lui accordent ne sont que l’inverse des qualités matérielles relatives, et sont donc encore relatives. Une telle conception permet tout au plus d’atteindre le Brahman impersonnel, la radiance qui émane de Dieu, mais ne donne aucun accès à la réalisation de Bhagavān, la Personne Suprême dotée d’attributs spirituels et absolus.
Ces ergoteurs ignorent que Kṛṣṇa est cette Personne Absolue, que le Brahman impersonnel n’est que l’éclat irradiant de Son corps transcendantal, et que le Paramātmā est l’Âme Suprême, le Seigneur dans Son aspect omniprésent. Kṛṣṇa possède une forme transcendantale, éternelle, toute de connaissance et de félicité. Mais les devas et les yogīs Le considèrent comme un deva très puissant et croient que la lumière du Brahman est la Vérité Absolue. Les bhaktas, en raison de leur abandon et de leur dévotion pure, comprennent facilement que la Vérité Absolue est Kṛṣṇa, la Personne Suprême dont tout émane, et se vouent à Son service.
La Bhagavad-gītā (7.20–23) explique que seuls les gens sans intelligence, esclaves de leurs sens, rendent un culte aux devas pour être soulagés de leurs difficultés, car les devas n’offrent que des solutions provisoires à des problèmes temporaires. L’être vivant est prisonnier de la matière, et il doit s’en affranchir entièrement pour être à jamais soulagé de ses maux, en atteignant une existence spirituelle, toute d’éternité, de connaissance et de félicité. C’est pour cela que la Śrī Īśopaniṣad nous enjoint de ne pas chercher auprès de devas subordonnés les bienfaits temporaires qu’ils peuvent apporter pour soulager nos misères, mais nous recommande plutôt d’adorer Dieu, Kṛṣṇa, la Personne Absolue et infiniment fascinante, seul capable de nous libérer définitivement de la matière en nous ramenant auprès de Lui.
Toujours dans la Bhagavad-gītā (7.23), il est dit que les adorateurs des devas iront sur leur planète. Ceux qui vénèrent la lune iront sur la lune, ceux qui vénèrent le soleil iront sur le soleil, etc. La volonté des savants modernes d’atteindre les différentes planètes n’est en rien une nouveauté. Il est naturel que l’homme, doté d’une conscience supérieure, cherche à voyager dans l’espace et à se rendre sur d’autres planètes, que ce soit à l’aide d’engins spatiaux, en rendant un culte aux devas, ou encore par l’intermédiaire de pouvoirs surnaturels. Les Écritures védiques reconnaissent l’efficacité de ces trois méthodes, mais la plus communément employée est le culte des devas, grâce auquel on peut même atteindre la planète la plus évoluée de l’univers matériel, Brahmaloka. Mais toutes les planètes régies par les devas ne sont que des refuges temporaires ; seules sont permanentes les planètes Vaikuṇṭhas, situées dans le monde spirituel où Dieu Lui-même réside, ainsi que l’affirme Kṛṣṇa dans la Bhagavad-gītā (8.16) :
ā-brahma-bhuvanāl lokāḥ
punar āvartino ’rjuna
mām upetya tu kaunteya
punar janma na vidyate
punar āvartino ’rjuna
mām upetya tu kaunteya
punar janma na vidyate
« Ô fils de Kuntī, toutes les planètes de l’univers, de la plus évoluée à la plus basse, sont des lieux de souffrance où se succèdent la naissance et la mort. Mais il n’est plus de renaissance pour l’âme qui atteint Mon royaume. »
La Śrī Īśopaniṣad souligne que ceux qui rendent un culte aux devas et parviennent ainsi à leurs planètes restent prisonniers des ténèbres de l’univers matériel. En effet, l’univers entier est enveloppé de gigantesques couches d’éléments matériels. On le compare pour cela à une noix de coco recouverte d’une écorce épaisse et à demi remplie d’eau. Comme il est hermétiquement clos, l’obscurité totale y règnerait s’il n’était parsemé d’astres lumineux comme le soleil et la lune. Au-delà de l’univers matériel se trouve le brahmajyoti irradiant de Dieu, qui s’étend à l’infini et contient d’innombrables planètes spirituelles (Vaikuṇṭhas). Parmi elles, Kṛṣṇaloka, où demeure la Personne Suprême, est la plus élevée et la plus importante. Mais bien qu’Il ne quitte jamais Sa demeure, où Il vit en compagnie de Ses compagnons éternels, Kṛṣṇa est omniprésent, dans l’univers matériel comme dans le monde spirituel. Le quatrième mantra expliquait déjà ce fait inconcevable en comparant le Seigneur au soleil, qui, par sa lumière, est partout présent, tout en restant invariablement sur son orbite.
On ne peut pas résoudre les problèmes vitaux simplement en allant sur la lune ou sur quelque autre planète. C’est pour cette raison que la Śrī Īśopaniṣad nous avertit de l’inutilité d’atteindre l’une ou l’autre des planètes de cet obscur univers, et nous conseille de quitter ce monde matériel une fois pour toutes pour nous rendre dans le royaume resplendissant de Dieu. Et pourtant, bon nombre d’hypocrites, faisant montre de piété pour la réputation seulement, ne désirent nullement quitter le monde matériel et se rendre sur les planètes spirituelles ; ils prétendent adorer le Seigneur, mais ne cherchent en fait qu’à maintenir leur situation ici-bas. Les athées et les impersonnalistes entraînent tous ces imposteurs vers les profondes ténèbres de l’ignorance par leur propagande. L’athée nie directement l’existence de Dieu, la Personne Suprême, et l’impersonnaliste, lui, l’appuie en présentant comme ultime Son aspect impersonnel. Or, aucun des mantras de la Śrī Īśopaniṣad ne nie la Personnalité de Dieu. Il y est dit au contraire que le Seigneur peut Se déplacer plus vite que quiconque ; et, puisque tous ceux qui cherchent à atteindre les diverses planètes sont des personnes, pourquoi alors considérer comme impersonnel Celui-là même qui peut les dépasser tous ? En fait, la conception impersonnelle du Seigneur est une autre forme d’ignorance, issue d’une vision imparfaite de la Vérité Absolue.
Ces prétendus spiritualistes pétris d’ignorance et les fabricateurs de pseudo-incarnations divines transgressant ouvertement les règles védiques seront condamnés à renaître dans les régions ténébreuses de l’univers, car ils trompent et égarent leurs adeptes. Si les impersonnalistes peuvent se prétendre des avatāras, c’est que leur public ignore tout de la sagesse védique. Quand de tels charlatans acquièrent un peu de connaissance, ce savoir entre leurs mains devient plus dangereux que l’ignorance totale. Les impersonnalistes ne vénèrent même pas les devas,comme le recommandent les Écritures. En effet les Écritures recommandent l’adoration des devas en certaines circonstances, tout en précisant que ce culte n’est pas nécessaire en temps normal. La Bhagavad-gītā (7.23) indique clairement que le culte des devas donne seulement des résultats temporaires car, l’univers matériel étant impermanent, tout ce qu’on y obtient l’est également. La question est de savoir comment obtenir la vie véritable et permanente.
Le Seigneur affirme que celui qui parvient jusqu’à Lui par le service de dévotion — seule voie menant à Dieu — échappe définitivement à l’emprise des morts et des renaissances. En d’autres termes, la libération de l’existence matérielle dépend tout entière de la connaissance et du renoncement acquis en servant le Seigneur. Mais les pseudo-spiritualistes ne possèdent ni cette connaissance, ni ce détachement. La plupart d’entre eux choisissent de rester captifs des chaînes dorées de l’existence matérielle, sous le couvert d’activités philanthropiques accomplies au nom de la religion. Ils feignent de pratiquer le service de dévotion en exhibant de prétendus sentiments religieux, tout en se livrant à toutes sortes d’actes immoraux. Ils se font ainsi passer pour des maîtres spirituels et des dévots de Dieu, alors qu’ils enfreignent les principes religieux et méprisent l’autorité des ācāryas appartenant à une véritable filiation spirituelle. Ils ne font aucun cas de l’injonction védique ācāryopāsana — « L’ācārya doit être vénéré », ni de la parole de Kṛṣṇa dans la Bhagavad-gītā (4.2) : evaṁ parampāra-prāptam — « La science suprême de Dieu est transmise à travers une lignée disciplique. » Au lieu de cela, ils égarent les populations en se disant ācāryas alors qu’ils n’en suivent pas les règles de vie.
Ces mystificateurs constituent l’élément le plus néfaste de la société, et parce que les gouvernements actuels ignorent les principes religieux, ils peuvent donner libre cours à leurs actes criminels sans être punis par la loi humaine. Mais ils n’échapperont pas à celle de Dieu. Kṛṣṇa déclare sans équivoque dans la Bhagavad-gītā(16.19–20) que ces envieux démoniaques déguisés en apôtres de la religion seront jetés dans les régions les plus obscures des planètes infernales. Ce que confirme la Śrī Īśopaniṣad en déclarant que ces prétendus religieux, simplement appâtés par les jouissances matérielles, seront relégués dans les régions les plus ignobles de l’univers dès que s’achèvera leur imposture.
Verse text
anyad evāhuḥ sambhavād
anyad āhur asambhavāt
iti śuśruma dhīrāṇāṁ
ye nas tad vicacakṣire
anyad āhur asambhavāt
iti śuśruma dhīrāṇāṁ
ye nas tad vicacakṣire
Synonyms
anyat : différent ; eva : certes ; āhuḥ : il est dit ; sambhavāt : en adorant le Seigneur Suprême, la cause de toutes les causes ; anyat : différent ; āhuḥ : il est dit ; asambhavāt : en adorant ce qui n’est pas suprême ; iti : ainsi ; śuśruma : je l’ai entendu ; dhīrāṇām : d’autorités imperturbables ; ye : qui ; naḥ : à nous ; tat : à ce sujet ; vicacakṣire : ont parfaitement expliqué.
Translation
Adorer la cause suprême de toutes les causes, ou adorer ce qui n’est pas suprême, il est dit que ces deux voies apportent des fruits différents. C’est ce qu’expliquèrent avec clarté les sages dont la sérénité n’est jamais troublée.
Purport
Ce mantra de la Śrī Īśopaniṣad certifie qu’il faut écouter les sages pleins de compétence et de sérénité. Seul un ācārya authentique, imperturbable malgré les fluctuations du monde matériel, peut nous donner la clé permettant d’accéder à la connaissance transcendantale. Le maître spirituel légitime qui a reçu le savoir védique, les śruti-mantras, de son propre ācārya, n’enseigne jamais rien qui ne soit cité dans les Écritures védiques. Selon la Bhagavad-gītā (9.25), ceux qui rendent un culte aux ancêtres (pitṛs) atteignent les planètes des ancêtres, les matérialistes convaincus qui veulent demeurer en ce monde renaissent sur cette terre, tandis que les bhaktas qui adorent uniquement Kṛṣṇa, la cause suprême de toutes les causes, Le rejoindront dans le monde spirituel. La Śrī Īśopaniṣad le confirme en enseignant que les divers cultes entraînent des résultats différents. En adorant le Seigneur Suprême, nous Le rejoindrons assurément en Son royaume éternel ; en rendant un culte aux devas, comme celui du soleil ou de la lune, nous atteindrons leur planète respective. Mais si nous désirons rester sur cette pauvre planète avec nos « commissions de planification » et nos « politiques bouche-trou », cela est tout à fait possible aussi.
Nulle part les Écritures révélées ne mentionnent que nous atteindrons tous le même but, quel que soit l’objet de notre dévotion. Seuls de pseudo-maîtres n’appartenant à aucune filiation authentique (paramparā) peuvent énoncer une théorie aussi absurde. Un vrai maître spirituel ne dira jamais que les différentes formes d’adoration mènent toutes au même but, que l’on rende un culte aux devas, au Suprême, ou à toute autre chose. Chacun sait qu’un billet d’avion ne vaut que pour une destination précise ; un billet pour Calcutta nous conduit à Calcutta et non pas à Bombay. Pourtant, ces prétendus maîtres spirituels proclament que l’on peut atteindre le but suprême par n’importe quelle voie. Leurs présomptions attirent bien des sots qui s’enorgueillissent de ces méthodes faites d’un amalgame de compromis entre matérialisme et spiritualité ; mais ils ne sont nullement légitimés par les Vedas. À moins d’être reçue des lèvres d’un maître appartenant à une filiation spirituelle reconnue, notre connaissance ne peut être vraie. Le Seigneur dit à ce propos dans la Bhagavad-gītā (4.2) :
evaṁ paramparā-prāptam
imaṁ rājarṣayo viduḥ
sa kāleneha mahatā
yogo naṣṭaḥ parantapa
imaṁ rājarṣayo viduḥ
sa kāleneha mahatā
yogo naṣṭaḥ parantapa
« Cette science suprême fut transmise à travers une succession disciplique, et les saints rois la reçurent ainsi. Mais au fil du temps, la filiation s’est rompue, et cette science, dans son intégrité originelle, semble maintenant perdue. »
Parce que les principes du bhakti-yoga définis dans la Bhagavad-gītā furent altérés, le Seigneur rétablit la filiation spirituelle en instruisant Arjuna, Son disciple et Son ami le plus intime. Le Seigneur expliqua clairement à Arjuna (Bhagavad-gītā, 4.3) que seule sa dévotion et l’amitié qu’il Lui portait, lui permettaient de comprendre les principes de la Bhagavad-gītā. « Si Je t’enseigne aujourd’hui cette science, c’est parce que tu es Mon dévot et Mon ami. » Nul ne peut saisir purement le sens de la Gītā à moins d’être, comme Arjuna, l’ami et le dévot du Seigneur. Il indiquait par là également que pour assimiler cet enseignement, il faut suivre les traces d’Arjuna.
Aujourd’hui, bon nombre d’exégètes et de traducteurs, reléguant à l’arrière-plan Kṛṣṇa et Arjuna, trahissent ce dialogue sublime en l’interprétant à leur façon et énoncent toutes sortes d’inepties au nom de la Gītā. Ils nient et l’existence de Śrī Kṛṣṇa, et celle de Sa demeure éternelle. Comment donc pourraient-ils expliquer la Bhagavad-gītā de façon exacte et sensée ?
Le Seigneur dit clairement dans la Bhagavad-gītā (7.20–23) que seuls les hommes qui ont perdu le sens commun rendent un culte aux devas pour de maigres bénéfices. L’ultime conseil qu’Il donne à Arjuna est de rejeter toute autre forme d’adoration pour s’abandonner complètement à Lui seul. (Bhagavad-gītā, 18.66) Or, la confiance absolue en Kṛṣṇa ne se trouve que chez ceux qui sont affranchis des conséquences de toutes leurs actions pécheresses ; les autres continueront d’entretenir, par des cultes médiocres, leur conscience matérialiste, et s’écarteront ainsi de la voie réelle, en croyant que toutes conduisent au même but.
Ce mantra comporte un terme très significatif : c’est le mot sambhavāt, qui signifie « adorer la cause suprême ». En effet, Śrī Kṛṣṇa est la Personne originelle, Dieu dont tout émane. Dans la Bhagavad-gītā (10.8), Kṛṣṇa Se définit Lui-même parfaitement :
ahaṁ sarvasya prabhavo
mattaḥ sarvaṁ pravartate
iti matvā bhajante māṁ
budhā bhāva-samanvitāḥ
mattaḥ sarvaṁ pravartate
iti matvā bhajante māṁ
budhā bhāva-samanvitāḥ
« Des mondes spirituel et matériel Je suis la source, de Moi tout émane. Les sages qui connaissent parfaitement cette vérité Me servent et M’adorent de tout leur cœur. » Les mots sarvasya prabhavaḥ indiquent qu’Il est le créateur de tous les êtres — Brahmā, Viṣṇu et Śiva inclus. S’Il est à l’origine de ces trois divinités, Il l’est aussi par conséquent de tout ce qui existe, tant dans l’univers matériel que dans le monde spirituel.
L’Atharva Veda (Gopāla-tāpanī Upaniṣad, 1.24) enseigne par ailleurs : « Celui qui existait avant Brahmā et qui l’illumina de la connaissance védique n’est autre que Śrī Kṛṣṇa. » De même la Nārāyaṇa Upaniṣad souligne : « La Personne Suprême, Nārāyaṇa, désira créer les êtres. C’est donc de Nārāyaṇa que naquit Brahmā, de Nārāyaṇa aussi que procèdent tous les Prajāpatis, Indra, les huit Vasus, les onze Rudras, et les douze Ādityas. » Nārāyaṇa étant une émanation plénière de Kṛṣṇa, l’un et l’autre ne font qu’un. Ce même texte poursuit : « Le fils de Devakī (Kṛṣṇa) est le Seigneur Suprême. » Bien qu’il n’appartienne pas à l’école personnaliste vaiṣṇava,Śrīpāda Śaṅkarācārya a lui aussi accepté et confirmé que Nārāyaṇa est la cause suprême. Et l’Atharva Veda (Mahā Upaniṣad) stipule entre autres : « Au commencement, seul était Nārāyaṇa ; ni Brahmā, ni Śiva, ni le feu, l’eau, les étoiles, le soleil ou la lune n’existaient. Mais Dieu ne demeura pas seul. Il S’entoura de tous les êtres, créés selon Son désir. » On trouve aussi dans le Mokṣa-dharma ces mots de Kṛṣṇa : « J’ai créé les Prajāpatis et les Rudras ; même eux, cependant, n’ont pas de Moi une connaissance parfaite, car ils sont également sous l’emprise de Mon énergie illusoire. » Et le Varāha Purāṇa ajoute : « Nārāyaṇa est Dieu, la Personne Suprême, et c’est de Lui que vint Brahmā aux quatre têtes ainsi que Rudra, qui plus tard devint omniscient. » La Brahma-saṁhitā (5.1) dit, elle, que le Seigneur Suprême est Śrī Kṛṣṇa, Govinda, la cause originelle de toutes les causes et Celui qui réjouit tous les êtres.
Toutes les Écritures védiques attestent donc que Nārāyaṇa, Kṛṣṇa, est la cause de toutes les causes. Les vrais érudits, les budhas (ceux qui possèdent l’intelligence spirituelle, la buddhi), sont ceux qui, ayant compris ce fait en s’en rapportant aux grands sages et aux Vedas, adorent exclusivement Śrī Kṛṣṇa et reconnaissent en Lui le Tout suprême.
Une telle conviction ne vient qu’à celui qui avec amour et confiance reçoit de l’imperturbable ācārya le message transcendantal. Ceux qui, par contre, n’éprouvent ni confiance ni amour pour le Seigneur, ne pourront jamais comprendre cette simple vérité. La Bhagavad-gītā (9.11) les qualifie de mūḍhas (sots comme l’âne). S’ils bafouent la Personne Suprême, c’est qu’ils n’ont pas reçu la connaissance parfaite d’un ācārya serein. Seul celui qui ne se laisse pas emporter par les tourbillons de l’énergie matérielle peut être qualifié d’ācārya.
Avant de recevoir l’enseignement de la Bhagavad-gītā, Arjuna souffrait dans le tourbillon matériel de l’attachement à la famille, à la société et au pays ; il voulait devenir un philanthrope, un non-violent. Mais après avoir reçu l’enseignement de la Personne Suprême, il fut éclairé, il devint un budha. Il abandonna son idée et s’en remit à Kṛṣṇa, Lequel avait Lui-même décidé de la bataille de Kurukṣetra. Il L’adora en combattant sa prétendue parenté et devint par cette abnégation un pur bhakta. Mais il ne put atteindre une telle perfection qu’en s’abandonnant au Seigneur véritable, à Kṛṣṇa Lui-même, et non à quelque faux Dieu inventé par des insensés, totalement ignorants des subtilités de la science divine de la Bhagavad-gītā et du Śrīmad-Bhāgavatam.
Le Vedānta-sūtra explique que le sambhūta, le Seigneur Suprême, est l’origine de la manifestation cosmique (janmādy asya yataḥ), que c’est Lui qui la maintient et que lors de sa destruction, c’est en Lui que les éléments retournent. Le Śrīmad-Bhāgavatam, commentaire originel du Vedānta-sūtra par le même auteur, précise que cette source d’où tout émane n’est pas inerte, mais bien au contraire, abhijñaḥ, pleinement consciente. Ce que confirme la Bhagavad-gītā (7.26), puisque Kṛṣṇa S’y décrit comme pleinement conscient du passé, du présent et de l’avenir. Il ajoute que nul être, fût-il un deva comme Śiva ou Brahmā, ne Le connaît parfaitement. Que dire donc de ces prétendus « maîtres » à demi instruits, ballotés par le flux et le reflux de l’existence matérielle. Face à leur incapacité à connaître Dieu, ils arrivent à un compromis : c’est de l’humanité entière qu’ils font un objet de culte, sans se rendre compte que ce culte n’a aucun sens puisque l’homme est imparfait. Il est aussi vain de rendre un culte à l’humanité que d’arroser les feuilles d’un arbre plutôt que ses racines. Mais de nos jours, ces pseudo-chefs spirituels, désorientés, portent plus d’intérêt au corps qu’à l’âme, aux feuilles qu’à la racine, et malgré leurs efforts constants pour arroser les feuilles, la racine se dessèche et l’arbre meurt.
Aussi l’Īśopaṇisad nous conseille-t-elle d’arroser la racine, source de vie. Servir le corps est moins important que servir l’âme, et ce service à l’humanité ne peut jamais être parfait. L’âme est la racine qui donne vie à toutes sortes de corps selon la loi du karma. Servir les humains de diverses manières dans le domaine de la médecine, de l’aide sociale et de l’éducation tout en égorgeant de malheureux animaux dans les abattoirs n’est d’aucun secours à l’âme, l’être véritable.
Le mal chronique de l’être est qu’il doit, vie après vie et d’un corps à l’autre, naître, souffrir, vieillir et mourir. Or, le fait de posséder une forme humaine offre à l’âme une chance d’échapper à cet esclavage par un moyen fort simple : rétablir sa relation perdue avec le Seigneur Suprême. Le Seigneur vient Lui-même nous enseigner comment s’abandonner à Lui. Le seul véritable service à rendre aux hommes est de leur apprendre à s’abandonner à Dieu (le sambhūta) et à n’adorer que Lui avec amour et dévotion. Tel est le message de ce mantra.
Dans l’âge de discorde où nous vivons, la manière la plus facile et la plus efficace d’adorer le Seigneur est d’entendre le récit de Ses actes glorieux et de les exalter. Par malheur, à force de vaines spéculations, maints ergoteurs croient que les actes du Seigneur ne sont que des mythes. Ils dédaignent donc de les entendre et préfèrent inventer une philosophie sans substance à force de jeux de mots, pour égarer les gens innocents. Ces pseudo-maîtres poussent leurs disciples à les glorifier eux plutôt qu’à entendre les louanges du Seigneur Suprême, Kṛṣṇa. De nos jours, le nombre de ces imposteurs et de faux avatāras s’est accru considérablement et il est devenu extrêmement difficile pour les purs bhaktas de préserver la masse des gens de leur propagande sacrilège.
Les Upaniṣads attirent indirectement notre attention sur Śrī Kṛṣṇa, le Seigneur originel, tandis que la Bhagavad-gītā, qui est l’essence de toutes les Upaniṣads, établit clairement Sa suprématie absolue en tant que la Personne Divine. Il faut donc s’en remettre à la Bhagavad-gītā et au Śrīmad-Bhāgavatam pour connaître le Seigneur tel qu’Il est et, par cette connaissance, graduellement purifier notre mental de toute contamination. Le Śrīmad-Bhāgavatam (1.2.17) dit : « Celui qui écoute le récit des actes glorieux du Seigneur attire sur lui Son attention. Le Seigneur, qui réside dans le cœur de chaque être, éclaire alors Son dévot et le guide. » Ce que corrobore la Bhagavad-gītā (10.10) par les mots : dadāmi buddhi-yogaṁ taṁ yena mām upayānti te.
De l’intérieur, le Seigneur donne à Son dévot des instructions destinées à purifier son cœur des influences de l’ignorance et de la passion. Les non-dévots, au contraire, demeurent sous leur empire. Tant que la passion gouverne l’homme, il lui est impossible de se libérer de la convoitise ; sous l’influence de l’ignorance, il n’arrive ni à savoir qui est le Seigneur, ni à connaître sa propre identité. L’homme n’a donc aucune chance d’atteindre à son épanouissement spirituel s’il est constamment dominé par ces guṇas, quelle que soit l’ardeur mise à se faire passer pour un spiritualiste. Le dévot, par contre, se voit arraché des griffes de l’ignorance et de la passion par la grâce de Dieu, et s’élève jusqu’à la vertu, guṇa qui caractérise le brāhmaṇa parfait. N’importe qui peut devenir un brāhmaṇa qualifié s’il pratique le service de dévotion sous la conduite d’un maître authentique. Le Śrīmad-Bhāgavatam (2.4.18) dit à ce sujet :
kirāta-hūṇāndhra-pulinda-pulkaśā
ābhīra-śumbhā yavanāḥ khasādayaḥ
ye ’nye ca pāpā yad-apāśrayāśrayāḥ
śudhyanti tasmai prabhaviṣṇave namaḥ
ābhīra-śumbhā yavanāḥ khasādayaḥ
ye ’nye ca pāpā yad-apāśrayāśrayāḥ
śudhyanti tasmai prabhaviṣṇave namaḥ
Même une personne de la plus basse condition peut être purifiée en suivant les directives d’un pur dévot du Seigneur, car la puissance de Dieu est inconcevable.
La caractéristique de celui qui acquiert les qualités brahmaniques est qu’il connaît la joie et l’enthousiasme dans le service de dévotion. La science de Dieu lui est automatiquement révélée et, ainsi éclairé, le bhaktas’affranchit graduellement des liens matériels et devient, par la grâce divine, en mesure d’éclaircir les doutes qui assombrissaient son esprit. Devenu une âme libérée, il peut voir le Seigneur dans chaque circonstance de sa vie. Telle est la perfection du sambhava, l’adoration du Seigneur Suprême décrite dans ce mantra.
Verse text
sambhūtiṁ ca vināśaṁ ca
yas tad vedobhayaḿ saha
vināśena mṛtyuṁ tīrtvā
sambhūtyāmṛtam aśnute
yas tad vedobhayaḿ saha
vināśena mṛtyuṁ tīrtvā
sambhūtyāmṛtam aśnute
Synonyms
sambhūtim : l’éternelle Personne Divine, Son nom, Sa forme, Ses divertissements, Ses attributs, Son entourage et Son royaume absolus ; ca : et ; vināśam : la manifestation matérielle temporaire, avec ses devas, ses hommes, ses animaux… et leurs noms, leurs gloires et tant d’autres attributs illusoires ; ca : ainsi que ; yaḥ : celui qui ; tat :cela ; veda : sait ; ubhayam : les deux ; saha : avec ; vināśena : toute chose sujette à la destruction ; mṛtyum : la mort ; tīrtvā : surmontant ; sambhūtyā : dans le royaume éternel de Dieu ; amṛtam : l’immortalité ; aśnute : jouit de.
Translation
Il faut connaître parfaitement Dieu, Son nom, Sa forme, Ses qualités et Ses divertissements absolus, ainsi que la création matérielle éphémère et ses habitants — devas, hommes et bêtes. Alors on transcendera la mort, et avec elle, la manifestation cosmique temporaire. Dans le royaume de Dieu, on jouira de la vie éternelle, faite de félicité et de connaissance.
Purport
La civilisation moderne, qui se dit en progrès, a su inventer les vaisseaux spatiaux et découvrir l’énergie atomique, mais elle demeure impuissante face à la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort. Lorsque, faisant preuve d’intelligence, on questionne les savants sur ces problèmes, ceux-ci répondent très habilement que la science est en plein essor et qu’elle saura, dans l’avenir, y trouver une solution. De telles réponses prouvent qu’ils ne savent rien des lois de la nature. Dans la nature, tout être est soumis à des lois sévères et doit passer par les six étapes de la vie : la naissance, la croissance, la maturité, la reproduction, la vieillesse et la mort. Personne n’échappe à ces lois immuables et aucun être, qu’il soit deva, homme, bête ou plante, ne peut prolonger indéfiniment son existence en ce monde.
Bien entendu, la durée de la vie varie selon les espèces. Brahmā, le plus important des êtres vivants, vit des millions d’années, quand certains microbes n’existent que pour quelques heures. Cependant, quelle que soit la durée de la vie, la mort demeure inévitable ici-bas. Tout est sujet, après la naissance ou la création, à survivre un certain temps pour finalement dépérir et être anéanti. Sous le joug de cette loi, tous les êtres doivent tôt ou tard payer leur tribut à la mort, qui n’épargne pas même les Brahmās. C’est pourquoi on désigne l’univers matériel sous le nom de Martyaloka, le domaine de la mort.
Savants et politiciens matérialistes, parce qu’ils n’ont aucune connaissance des Écritures védiques et ne savent pas que la vie éternelle appartient au monde spirituel, cherchent à vaincre la mort en ce monde. Les Écritures regorgent pourtant d’une connaissance confirmée par l’expérience transcendantale ; hélas, l’homme d’aujourd’hui répugne à accepter la connaissance que contiennent les Vedas, les Purāṇas et les autres Écritures sacrées.
Nous trouvons dans le Viṣṇu Purāṇa (6.7.61) l’information suivante :
viṣṇu-śaktiḥ parā proktā
kṣetrajñākhyā tathā parā
avidyā-karma-saṁjñānyā
tṛtīyā śaktir iṣyate
kṣetrajñākhyā tathā parā
avidyā-karma-saṁjñānyā
tṛtīyā śaktir iṣyate
Le Seigneur possède deux énergies principales : la puissance supérieure (parā-śakti) et la puissance inférieure (aparā-śakti). Les êtres vivants appartiennent à l’énergie supérieure, alors que la nature matérielle dont ils sont captifs constitue l’énergie inférieure. C’est de cette énergie, qui recouvre les êtres du voile de l’ignorance et les pousse aux actes fondés sur l’intérêt personnel, qu’est issue la création matérielle. Mais au-delà de ces deux énergies existe une énergie encore supérieure, qui est le royaume éternel et immortel du Seigneur dont parle la Bhagavad-gītā (8.20) :
paras tasmāt tu bhāvo ’nyo
’vyakto ’vyaktāt sanātanaḥ
yaḥ sa sarveṣu bhūteṣu
naśyatsu na vinaśyati
’vyakto ’vyaktāt sanātanaḥ
yaḥ sa sarveṣu bhūteṣu
naśyatsu na vinaśyati
Les planètes matérielles dont l’univers est parsemé — des plus hautes, aux intermédiaires et aux plus basses — n’existent que durant la vie de Brahmā. Certaines planètes inférieures sont même anéanties après chaque jour de Brahmā, et recréées au début du jour suivant. La notion de temps diffère sur les planètes supérieures et sur la nôtre. L’une de nos années, par exemple, équivaut à seulement vingt-quatre heures, ou un jour et une nuit, sur beaucoup de ces planètes. Le cycle des quatre âges, (Satya, Tretā, Dvāpara et Kali) qui sur terre dure 4 320 000 ans, n’y dure que 12 000 ans. Mille de ces cycles font une journée de Brahmā, et sa nuit dure autant. Brahmā vit ainsi pendant cent ans, et à la fin de sa vie, la manifestation cosmique tout entière est détruite.
Durant la nuit de Brahmā, tous les habitants des systèmes planétaires supérieurs (comme le soleil et la lune), intermédiaires (comme la terre) et inférieurs, sont submergés par les eaux de la dévastation. Durant cette longue nuit, tous les êtres continuent d’exister spirituellement, mais dans un état non manifesté, que l’on appelle avyakta,et que l’on retrouve également à la fin de la vie de Brahmā. Il existe cependant, au-delà de ces deux états de non-manifestation, un troisième état où la matière n’est pas manifestée : c’est le monde spirituel, avec ses innombrables planètes éternelles, qui continue d’exister même après l’anéantissement des planètes matérielles.
La manifestation cosmique constituant l’énergie inférieure du Seigneur et dont chaque univers est régi par un Brahmā particulier déploie seulement un quart de la puissance du Seigneur (ekapād-vibhūti). Le monde spirituel échappe, quant à lui, à la juridiction des divers Brahmās. Déployant les trois quarts de la puissance du Seigneur, il est appelé tri-pāda-vibhūti, et il constitue l’énergie supérieure du Seigneur, la parā-prakṛti.
La manifestation cosmique constituant l’énergie inférieure du Seigneur et dont chaque univers est régi par un Brahmā particulier déploie seulement un quart de la puissance du Seigneur (ekapād-vibhūti). Le monde spirituel échappe, quant à lui, à la juridiction des divers Brahmās. Déployant les trois quarts de la puissance du Seigneur, il est appelé tri-pāda-vibhūti, et il constitue l’énergie supérieure du Seigneur, la parā-prakṛti.
C’est là, dans le monde spirituel, que règne Śrī Kṛṣṇa, la Personne Suprême. Ainsi que l’indique la Bhagavad-gītā (8.22), le seul moyen de L’approcher est le pur service de dévotion. Ni le jñāna (la recherche philosophique), ni le yoga (la recherche des pouvoirs surnaturels), et encore bien moins le karma (l’action intéressée) ne permettent de le faire. Les karmīs peuvent s’élever jusqu’aux Svargalokas (planètes supérieures, comme le soleil et la lune). Les jñānīs et les yogīs, eux, peuvent atteindre des planètes plus élevées encore, comme Brahmaloka, Maharloka ou Tapoloka, d’où ils peuvent continuer à progresser en pratiquant le service de dévotion jusqu’à entrer dans le monde spirituel, soit dans la lumière du Brahman irradiant du royaume de Dieu, soit sur les planètes spirituelles, selon leur mérite. Une chose est certaine cependant, personne ne peut entrer dans les planètes spirituelles, les Vaikuṇṭhalokas, s’il n’a pratiqué le service de dévotion.
Tous les êtres en ce monde, de Brahmā jusqu’à la plus petite fourmi, veulent dominer la nature ; c’est ce qu’on appelle la fièvre matérielle. Tant que cette fièvre n’est pas tombée, l’être vivant reste assujetti au cycle de la transmigration, tantôt deva, tantôt homme ou animal…, et lors des grandes dévastations (à la fin de chaque jour de Brahmā et à la fin de sa vie) il sera plongé dans l’état non manifesté. Pour mettre fin à cette répétition de morts et de renaissances et à leurs corollaires, la vieillesse et la maladie, nous devons essayer d’atteindre les planètes spirituelles pour y vivre auprès de Śrī Kṛṣṇa ou de Ses innombrables émanations plénières, les Nārāyaṇas. La souveraineté de Kṛṣṇa et de Ses émanations sur ces planètes est confirmée par les śruti-mantras dans ces termes : eko vaśī sarva-gaḥ kṛṣṇa īḍyaḥ/ eko ’pi san bahudhā yo ’vabhāti. (Gopala-tāpanī Upaniṣad, 1.3.21)
Nul ne peut dominer Kṛṣṇa. L’âme conditionnée qui essaie d’asservir la nature matérielle doit au contraire en subir les lois implacables et souffrir dans le cycle des morts et des renaissances. Le Seigneur descend dans l’univers matériel afin de rétablir les principes de la religion, dont l’objet est de conduire les âmes conditionnées vers l’abandon à Lui. Cet abandon total est la dernière instruction de la Bhagavad-gītā (18.66) : sarva-dharmān parityaya mām ekaṁ śaraṇaṁ vraja — « Laisse là toute autre méthode, et abandonne-toi simplement à Moi. » Malheureusement des commentateurs peu scrupuleux ont trahi cet enseignement fondamental et ainsi trompé de nombreux innocents. Ceux-ci ont été incités à ouvrir des hôpitaux mais pas du tout à s’instruire du service de dévotion qui leur permettrait d’entrer dans le monde spirituel. Ils ont appris à ne s’intéresser qu’au soulagement temporaire au lieu du véritable bonheur de l’âme. Ils créent toutes sortes d’institutions nationales ou privées destinées à maîtriser le pouvoir dévastateur de la nature mais ils n’arrivent pas à apaiser cette insurmontable puissance. Beaucoup de théologiens, réputés pour être des spécialistes de la Bhagavad-gītā, dédaignent la méthode que donne la Bhagavad-gītā (7.14) afin de surmonter la nature matérielle ; cette méthode consiste à s’éveiller à la conscience de Dieu.
La Śrī Īśopaniṣad nous enseigne dans ce mantra qu’il faut connaître simultanément le sambhūti (la Personne Suprême) et le vināśa (la manifestation cosmique temporaire). La seule connaissance de la manifestation cosmique ne nous sera d’aucun secours car, dans l’univers matériel, on rencontre la destruction à chaque pas (ahany ahani bhūtāni gacchantīha yamālayam) et ce n’est pas en ouvrant des hôpitaux que l’on s’en préservera. Nous ne serons sauvés qu’en reprenant conscience de notre nature éternelle, toute de félicité et de connaissance, but auquel veut nous mener la culture védique. L’homme se laisse souvent détourner par des activités attirantes mais éphémères, orientées vers le plaisir des sens, qui toutes ne peuvent que l’égarer et le dégrader.
Il est donc de notre devoir de sauver notre prochain ainsi que nous-mêmes, mais il faut savoir comment le faire correctement. Il n’est pas question d’aimer ou de ne pas aimer la vérité ; elle est là, immuable. Si nous voulons échapper au cycle des morts et des renaissances, il faut s’engager avec dévotion au service du Seigneur. Il ne s’agit pas de faire de compromis car c’est une question de nécessité absolue.
Verse text
hiraṇmayena pātreṇa
satyasyāpihitaṁ mukham
tat tvaṁ pūṣann apāvṛṇu
satya-dharmāya dṛṣṭaye
satyasyāpihitaṁ mukham
tat tvaṁ pūṣann apāvṛṇu
satya-dharmāya dṛṣṭaye
Synonyms
hiraṇmayena : par une radiance dorée ; pātreṇa : par un voile éblouissant ; satyasya : de la Vérité Suprême ; apihitam : couvert ; mukham : le visage ; tat : ce voile ; tvam : Ta Personne ; pūṣan : ô Toi qui maintiens ; apāvṛṇu : aie la bonté d’ôter ; satya : pur ; dharmāya : au bhakta ; dṛṣṭaye : pour montrer.
Translation
Ô mon Seigneur, maintien de toute vie, Ton éblouissante radiance me cache Ton vrai visage. Enlève, je T’en prie, ce voile de lumière, et révèle-Toi à Ton pur dévot.
Purport
Dans la Bhagavad-gītā (14.27), le Seigneur décrit ainsi l’éclatante lumière (brahmajyoti)irradiant de Sa Personne :
brahmaṇo hi pratiṣṭhāham
amṛtasyāvyayasya ca
śāśvatasya ca dharmasya
sukhasyaikāntikasya ca
amṛtasyāvyayasya ca
śāśvatasya ca dharmasya
sukhasyaikāntikasya ca
« Je suis la base du Brahman impersonnel, lequel est immortel, impérissable, éternel, et constitue le principe même du bonheur ultime. » Le Brahman, le Paramātmā et Bhagavān sont les trois aspects d’une même Vérité. Le Brahman en constitue l’aspect le plus facilement accessible au spiritualiste néophyte. Lorsqu’il progresse, ce dernier prend conscience du second aspect de la Vérité Absolue, le Paramātmā, puis il en réalise l’aspect ultime, Bhagavān. La Bhagavad-gītā confirme encore cela dans le septième verset du chapitre sept où Kṛṣṇa dit qu’Il est le concept ultime de la Vérité Absolue : mattaḥ parataraṁ nānyat. Kṛṣṇa est donc la source du brahmajyoti ainsi que du Paramātmā omniprésent. Un peu plus loin dans la Bhagavad-gītā (10.42), Il ajoute :
atha vā bahunaitena
kiṁ jñātena tavārjuna
viṣṭabhyāham idaṁ kṛtsnam
ekāṁśena sthito jagat
kiṁ jñātena tavārjuna
viṣṭabhyāham idaṁ kṛtsnam
ekāṁśena sthito jagat
« Mais à quoi bon, ô Arjuna, tout ce détail ? D’une part infime de Ma personne, Je pénètre et soutiens l’univers tout entier. » Ce mantra de l’Īśopaniṣad appelle donc le Seigneur pūṣan, l’ultime soutien, car non seulement Il soutient l’entière manifestation cosmique grâce à Son émanation plénière, le Paramātmā omniprésent, mais Il maintient également le monde spirituel.
Śrī Kṛṣṇa, la Personne Suprême, jouit d’une félicité spirituelle absolue (ānanda-mayo ’bhyāsāt). Lorsqu’Il descendit sur terre il y a 5 000 ans à Vṛndāvana, en Inde, tous Ses divertissements, depuis Sa toute petite enfance, débordaient de félicité transcendantale. Même l’anéantissement de monstres comme Agha, Baka, Pūtanā et Pralamba n’était qu’un amusement pour Lui. Il Se divertissait dans Son village avec Sa mère, Son frère et Ses amis, et lorsqu’Il jouait le rôle d’un espiègle petit chapardeur de beurre, Il les remplissait tous d’une joie céleste. Sa réputation de chapardeur de beurre n’a rien de condamnable puisqu’Il n’agissait ainsi que pour la joie de Ses purs dévots. En fait, lorsque le Seigneur Se trouvait à Vṛndāvana, toutes Ses actions avaient pour objectif le plaisir de Ses compagnons. Il a aussi créé ces divertissements pour attirer l’attention des philosophes desséchés et des « contorsionnistes », pseudo-adeptes du haṭha-yoga, vers l’aspect personnel de la Vérité Absolue.
Dans le Śrīmad-Bhāgavatam (10.12.11), Śukadeva Gosvāmī commente ainsi les divertissements d’enfance du Seigneur en compagnie des jeunes pâtres de Vṛndāvana :
itthaṁ satāṁ brahma-sukhānubhūtyā
dāsyaṁ gatānāṁ para-daivatena
māyāśritānāṁ nara-dārakeṇa
sākaṁ vijahruḥ kṛta-puṇya-puñjāḥ
dāsyaṁ gatānāṁ para-daivatena
māyāśritānāṁ nara-dārakeṇa
sākaṁ vijahruḥ kṛta-puṇya-puñjāḥ
« Dieu, la Personne Absolue en qui les bhaktas reconnaissent le Seigneur Suprême qu’ils adorent dans un sentiment de service, que les jñānīs perçoivent sous la forme du Brahman impersonnel et béatifique, et que les matérialistes considèrent comme une personne ordinaire, jouait avec les jeunes pâtres de Vṛndāvana ; si ces jeunes pâtres pouvaient jouir de la présence du Seigneur, c’est grâce aux innombrables actes de piété qu’ils avaient accomplis au cours de leurs vies précédentes. »
Une relation particulière unit au Seigneur, dans un sentiment d’amour transcendantal, chacun de Ses purs dévots ; cette relation peut s’exprimer de cinq manières différentes : śānta (relation neutre ou passive), dāsya (relation unissant serviteur et maître), sakhya (relation d’amitié), vātsalya(relation unissant parents et enfants) et mādhurya (relation d’amour conjugal).
Il est dit que le Seigneur ne quitte jamais Vṛndāvana ; comment alors veille-t-Il au maintien de la création ? La Bhagavad-gītā (13.14–18) répond en disant que Kṛṣṇa pénètre partout dans l’univers matériel sous Sa forme de Paramātmā. Le Seigneur ne S’occupe pas personnellement de la création, du maintien et de la destruction de la manifestation cosmique ; Il y veille indirectement par l’entremise du Paramātmā, Son émanation plénière. Tous les êtres sont des ātmās (âmes spirituelles) et l’ātmā qui domine tous les autres est le Paramātmā, l’Âme Suprême.
Ce système menant à la réalisation de Dieu est une grande science. Les sāṅkhya-yogīs matérialistes ne peuvent qu’analyser dans leur méditation les vingt-quatre éléments de la nature matérielle, car ils ne savent presque rien du Seigneur, le Puruṣa ; et les spiritualistes impersonnels, eux, sont détournés de la vision de Dieu par Son éclat éblouissant, le brahmajyoti. Or, la Vérité Absolue n’est réalisée dans tous Ses aspects que par celui qui sait voir, non seulement au-delà des vingt-quatre éléments matériels, mais aussi au-delà de la radiance du brahmajyoti. C’est pourquoi, dans l’Īśopaniṣad, on prie le Seigneur d’enlever le voile éblouissant (hiraṇmaya-pātra) qui cache Sa forme personnelle. À moins d’ôter ce voile, il nous est impossible de percevoir le vrai visage de la Personne Divine et de réaliser dans Sa plénitude la Vérité Absolue.
Le Paramātmā, l’Âme Suprême sise au cœur de chaque être, est l’une des trois émanations plénières de la Personne Suprême, les viṣṇu-tattvas réunis sous le nom de puruṣa-avatāras. On l’appelle aussi Kṣīrodakaśāyī Viṣṇu, et Il est le Viṣṇu de la triade Brahmā, Viṣṇu, Śiva. Garbhodakaśāyī Viṣṇu, l’Âme cosmique suprême, est la deuxième émanation plénière ; au-delà de ces deux viṣṇu-tattvas Se trouve Kāraṇodakaśāyī Viṣṇu, le créateur de tous les univers. Le yoga apprend à ceux qui étudient sérieusement la science spirituelle à percevoir ces viṣṇu-tattvas après s’être élevés au-delà des vingt-quatre éléments de la nature matérielle, tandis que l’étude de la philosophie empirique les aide à réaliser le brahmajyoti impersonnel. La Bhagavad-gītā (14.27) atteste que le brahmajyoti est la radiance émanant du corps transcendantal de Kṛṣṇa et la Brahma-saṁhitā (5.40) le confirme ainsi :
yasya prabhā prabhavato jagad-aṇḍa-koṭi-
koṭiṣv aśeṣa-vasudhādi vibhūti-bhinnam
tad brahma niṣkalam anantam aśeṣa-bhūtaṁ
govindam ādi-puruṣaṁ tam ahaṁ bhajāmi
koṭiṣv aśeṣa-vasudhādi vibhūti-bhinnam
tad brahma niṣkalam anantam aśeṣa-bhūtaṁ
govindam ādi-puruṣaṁ tam ahaṁ bhajāmi
« Il existe, de par les millions d’univers, d’innombrables planètes, et chacune d’elles est différente des autres en raison de sa constitution cosmique ; mais toutes se trouvent seulement dans un coin du brahmajyoti. Ce brahmajyoti n’est que la radiance émanant du corps de la Personne Suprême, Govinda, à qui je voue mon adoration. » Plusieurs mantras de la Muṇḍaka Upaniṣad (2.2.10–12) donnent encore d’autres détails sur le brahmajyoti :
hiraṇmaye pare kośe
virajaṁ brahma niṣkalam
tac chubhraṁ jyotiṣāṁ jyotis
tad yad ātma-vido viduḥ
virajaṁ brahma niṣkalam
tac chubhraṁ jyotiṣāṁ jyotis
tad yad ātma-vido viduḥ
na tatra sūryo bhāti na candra-tārakaṁ
nemā vidyuto bhānti kuto ’yam agniḥ
tam eva bhāntam anu bhāti sarvaṁ
tasya bhāsā sarvam idaṁ vibhāti
nemā vidyuto bhānti kuto ’yam agniḥ
tam eva bhāntam anu bhāti sarvaṁ
tasya bhāsā sarvam idaṁ vibhāti
brahmaivedam amṛtaṁ purastād brahma
paścād brahma dakṣiṇataś cottareṇa
adhaś cordhvaṁ ca prasṛtaṁ brahmai-
vedaṁ viśvam idaṁ variṣṭham
paścād brahma dakṣiṇataś cottareṇa
adhaś cordhvaṁ ca prasṛtaṁ brahmai-
vedaṁ viśvam idaṁ variṣṭham
« Au-delà de l’enveloppe matérielle, dans le royaume spirituel, se trouve la radiance infinie du Brahman, qui n’est aucunement souillée par la matière. Cette lumière blanche et éclatante est pour les spiritualistes la lumière d’entre les lumières. En ce royaume, il n’est nul besoin de la clarté du soleil ou de la lune, du feu ou de l’électricité. En vérité, tous les moyens de s’éclairer dans l’univers matériel ne sont que le reflet de cette lumière suprême. Ce Brahman est partout, devant, derrière, au nord, au sud, à l’est et à l’ouest, au-dessus et en dessous. En d’autres termes, sa radiance illimitée s’étend aussi bien dans les cieux matériels que dans les cieux spirituels. »
Ce mantra de la Śrī Īśopaniṣad est donc une humble prière adressée au Seigneur pour qu’Il écarte le voile du brahmajyoti et nous permette de voir Son vrai visage.
La connaissance parfaite consiste à connaître la source du Brahman, Śrī Kṛṣṇa. Elle est contenue dans des Écritures comme le Śrīmad-Bhāgavatam, qui élabore en détail la science de la réalisation de Dieu. Śrīla Vyāsadeva, son auteur, y établit que la Vérité Absolue peut être perçue sous la forme du Brahman, du Paramātmā ou de Bhagavān selon le degré de réalisation de chacun ; mais jamais il ne décrit la Vérité Suprême comme étant le jīva, le simple être vivant. Celui-ci ne doit jamais être considéré comme la Vérité Suprême et toute-puissante ; s’il l’était, quel besoin aurait-il de prier le Seigneur pour qu’Il ôte Son voile éblouissant et montre Son vrai visage.
La connaissance parfaite consiste à connaître la source du Brahman, Śrī Kṛṣṇa. Elle est contenue dans des Écritures comme le Śrīmad-Bhāgavatam, qui élabore en détail la science de la réalisation de Dieu. Śrīla Vyāsadeva, son auteur, y établit que la Vérité Absolue peut être perçue sous la forme du Brahman, du Paramātmā ou de Bhagavān selon le degré de réalisation de chacun ; mais jamais il ne décrit la Vérité Suprême comme étant le jīva, le simple être vivant. Celui-ci ne doit jamais être considéré comme la Vérité Suprême et toute-puissante ; s’il l’était, quel besoin aurait-il de prier le Seigneur pour qu’Il ôte Son voile éblouissant et montre Son vrai visage.
En conclusion, on réalise le Brahman impersonnel lorsqu’on ignore les diverses énergies de la Vérité Absolue, et on réalise le Paramātmā lorsque l’on prend conscience de Ses énergies matérielles tout en ne connaissant pas ou très peu Ses énergies spirituelles. Ces formes de réalisation de la Vérité Absolue sont donc toutes deux incomplètes. Mais lorsqu’on est pleinement réalisé, après que le Seigneur a enlevé l’hiraṇmaya-pātra, le voile éblouissant, on comprend que Kṛṣṇa, Vāsudeva, est tout (vāsudevaḥ sarvam iti). Il est à la fois le Brahman, le Paramātmā et Bhagavān. Kṛṣṇa, ou Bhagavān, est la racine, et le Brahman et le Paramātmā sont Ses branches.
À ces trois degrés de réalisation correspondent trois catégories de spiritualistes : les jñānīs (ceux qui révèrent le Brahman impersonnel), les yogīs (ceux qui révèrent le Paramātmā) et les bhaktas (les dévots du Seigneur, Śrī Kṛṣṇa). La Bhagavad-gītā (6.46–47) fait une analyse comparative de ces trois catégories et précise que celui qui cultive la connaissance védique, le jñānī, est supérieur à l’homme ordinaire qui n’agit qu’en vue de jouir du fruit de ses actes ; mais le yogī surpasse le jñānī et, de tous les yogīs, celui qui sert constamment le Seigneur de tout son être (le bhakta) est le plus grand. En résumé, le philosophe est plus évolué que celui qui peine pour quelque bienfait matériel, le yogī est supérieur au philosophe et le bhakti-yogī, celui qui sert constamment le Seigneur, est le plus élevé de tous. Et c’est vers cette perfection que nous guide la Śrī Īśopaniṣad.
Verse text
pūṣann ekarṣe yama sūrya prājāpatya
vyūha raśmīn samūha tejo
yat te rūpaṁ kalyāṇa-tamaṁ tat te paśyāmi
yo ’sāv asau puruṣaḥ so ’ham asmi
vyūha raśmīn samūha tejo
yat te rūpaṁ kalyāṇa-tamaṁ tat te paśyāmi
yo ’sāv asau puruṣaḥ so ’ham asmi
Synonyms
pūṣan : celui qui maintient ; ekaṛṣe : le philosophe originel ; yama : le principe régulateur ; sūrya : la destinée des sūris (les grands dévots) ; prājāpatya : le bienfaiteur des Prajāpatis (les procréateurs de l’humanité) ; vyūha : aie la bonté d’enlever ; raśmīn : les rayons ; samūha : aie la bonté d’ôter ; tejaḥ : la radiance ; yat : afin que ; te : Ta ; rūpam : forme ; kalyāṇa-tamam : très propice ; tat : que ; te : de Toi ; paśyāmi : je puisse voir ; yaḥ : celui qui est ; asau : comme le soleil ; asau : cette ; puruṣaḥ : Personne Divine ; saḥ : moi ; aham : je ; asmi : suis.
Translation
Ô mon Seigneur, Tu es le philosophe originel, le soutien de l’univers et le principe qui le règle. Ô destinée des purs bhaktas et bienfaiteur des procréateurs de l’humanité, ôte, je T’en prie, l’éblouissante lumière qui irradie de Toi pour que je puisse voir Ta forme de félicité. Tu es Dieu, la Personne Suprême et éternelle, semblable au soleil comme je le suis aussi.
Purport
De même que le soleil et ses rayons, le Seigneur et les êtres vivants participent d’une même nature. Le soleil est un, mais les particules composant ses rayons sont innombrables ; les rayons font partie du soleil, mais c’est conjointement qu’ils forment un tout. Et de même que le deva du soleil règne sur le soleil, le Seigneur règne sur Goloka Vṛndāvana, la planète spirituelle suprême d’où émane le brahmajyoti resplendissant. Comme l’indique la Brahma-saṁhitā (5.29), c’est là qu’Il Se livre à Ses divertissements éternels :
cintāmaṇi-prakara-sadmasu kalpa-vṛkṣa-
lakṣāvṛteṣu surabhīr abhipālayantam
lakṣmī-sahasra-śata-sambhrama-sevyamānaṁ
govindam ādi-puruṣaṁ tam ahaṁ bhajāmi
lakṣāvṛteṣu surabhīr abhipālayantam
lakṣmī-sahasra-śata-sambhrama-sevyamānaṁ
govindam ādi-puruṣaṁ tam ahaṁ bhajāmi
« J’adore Govinda, le Seigneur primordial, le père de tous les êtres. En des lieux où abondent les joyaux cintāmaṇiet les arbres-à-souhaits, Il garde Ses troupeaux de vaches transcendantales qui exaucent tous les désirs. Il y est servi avec une vénération et une affection intenses par des centaines de milliers de déesses de la fortune. »
S’il n’a percé l’éclat du brahmajyoti, nul ne peut connaître la demeure divine. Aveuglés par cet éclat et limités par leur manque de connaissance, les philosophes impersonnalistes ne peuvent jamais voir la forme transcendantale du Seigneur, pas plus qu’ils ne peuvent voir Goloka, Son royaume éternel. La Śrī Īśopaniṣad prie donc ici le Seigneur d’écarter les rayons éblouissants du brahmajyoti afin que le pur dévot puisse voir Sa forme absolue, toute de félicité.
La réalisation du Brahman impersonnel nous permet d’entrer en contact avec un aspect sublime de l’Absolu, et la réalisation du Paramātmā omniprésent nous donne d’expérimenter une illumination plus propice encore ; mais on connaît la sublimité suprême lorsqu’on rencontre face à face la Personne Divine Elle-même. Dieu, la plus haute Vérité, étant le soutien de tous les univers, le philosophe originel et le bienfaiteur de tous les êtres, on ne peut Le dire impersonnel. Tel est le verdict de la Śrī Īśopaṇiṣad. Le mot pūṣan, « soutien », est ici très significatif : bien que le Seigneur maintienne tous les êtres, c’est avec un soin particulier qu’Il S’occupe de Ses dévots. Ayant dépassé le brahmajyoti impersonnel et contemplé Son aspect personnel, les dévots réalisent la Vérité Absolue dans Sa plénitude.
Dans son Bhāgavata-sandarbha, Śrīla Jīva Gosvāmī a noté à ce sujet les mots suivants : « Sachez, grands sages, que tous les aspects de la Vérité Absolue sont présents en la Personne Divine, car Elle est omnipotente et pourvue de toutes les puissances transcendantales. La Vérité Absolue ne Se manifeste pas dans Sa totalité dans le brahmajyoti, et c’est pourquoi la réalisation du Brahman impersonnel n’est que partielle. La première syllabe du mot Bhagavān, bha, a un double sens : « Celui qui maintient tout parfaitement » et « gardien » ; la deuxième syllabe, ga, veut dire « guide », « chef », ou « créateur » ; et vān indique que tous les êtres vivent en Lui et qu’Il vit en tous les êtres. En d’autres termes, le mot transcendant « Bhagavān » désigne Celui qui possède, à l’infini, la connaissance, la puissance, l’énergie, l’opulence, la force et le prestige, tous ces attributs étant entièrement exempts de toute altération matérielle. »
Le Seigneur pourvoit à tous les besoins de Ses purs dévots et les guide progressivement vers la perfection de la dévotion. À ce stade, Il leur accorde le fruit de la dévotion en S’offrant Lui-même à eux. Par Sa grâce infinie, ceux-ci peuvent Le voir face à face et, avec Son aide, se rendre sur la planète spirituelle suprême, Goloka Vṛndāvana. Le Seigneur est le créateur, Il peut donc donner à ceux qui Le servent toutes les qualités nécessaires pour venir à Lui. Il est la cause première, la cause de toutes les causes, puisque rien n’est à l’origine de Sa Personne. Par conséquent, à travers la manifestation de Sa puissance interne, c’est en fait de Lui-même qu’Il jouit. La puissance externe du Seigneur procède, elle, indirectement de Lui à travers les puruṣa-avatāras, par qui Il crée, maintient et détruit l’univers matériel.
Les êtres vivants sont des émanations distinctes de la Personne du Seigneur, et lorsque certains d’entre eux manifestent le désir de devenir Dieu et de L’imiter, Celui-ci leur permet d’entrer dans la création matérielle, où ils peuvent se livrer totalement à leur instinct de domination. C’est en raison de leur présence que la manifestation cosmique entre en mouvement. Le Seigneur leur procure toute facilité pour tenter de dominer la nature matérielle, mais Il n’en demeure pas moins le maître ultime sous la forme de l’Âme Suprême, l’un des puruṣa-avatāras.
Il existe donc une énorme différence entre l’âme (l’ātmā) et l’Âme Suprême (le Paramātmā). Le Paramātmā domine, l’ātmā est dominé ; ils appartiennent à des catégories bien distinctes. Mais le Paramātmā n’en est pas moins le compagnon constant de l’ātmā, avec qui Il coopère pleinement.
Le Brahman est l’aspect omniprésent du Seigneur ; il existe aussi bien pendant les états de veille et de sommeil que pendant l’état potentiel, et les âmes conditionnées ou libérées constituant la jīva-śakti (la force vivante) proviennent de Lui. Le Seigneur Suprême Se trouvant à l’origine aussi bien du Brahman que du Paramātmā, est la source des êtres vivants comme de tout ce qui existe.
Celui qui possède ce savoir s’engage aussitôt avec dévotion au service du Seigneur. Pur et illuminé par la connaissance, il s’attache de tout son cœur et de toute son âme à la Personne Divine. S’il se joint à d’autres dévots, ils n’ont tous ensemble d’autre occupation que la louange des actes transcendantaux du Seigneur. Les spiritualistes moins accomplis, ceux qui n’ont réalisé que le Brahman ou le Paramātmā, ne peuvent apprécier à leur juste valeur les actes d’êtres aussi parfaitement réalisés. Le Seigneur aide constamment Ses purs dévots en leur insufflant au fond du cœur la connaissance nécessaire pour dissiper complètement les ténèbres de l’ignorance. Ni les philosophes, ni les yogīs ne peuvent concevoir cela, car leur progrès spirituel à eux dépend plus ou moins de leur propre force. La Kaṭha Upaniṣad (1.2.23) enseigne clairement que seuls ceux à qui le Seigneur accorde Sa grâce peuvent Le connaître en Personne. Cette grâce d’accéder au Seigneur, au-delà du brahmajyoti, n’est accordée qu’aux purs dévots, et c’est cette bénédiction que l’on demande au Seigneur dans ce mantra de la Śrī Īsopaniṣad.
Celui qui possède ce savoir s’engage aussitôt avec dévotion au service du Seigneur. Pur et illuminé par la connaissance, il s’attache de tout son cœur et de toute son âme à la Personne Divine. S’il se joint à d’autres dévots, ils n’ont tous ensemble d’autre occupation que la louange des actes transcendantaux du Seigneur. Les spiritualistes moins accomplis, ceux qui n’ont réalisé que le Brahman ou le Paramātmā, ne peuvent apprécier à leur juste valeur les actes d’êtres aussi parfaitement réalisés. Le Seigneur aide constamment Ses purs dévots en leur insufflant au fond du cœur la connaissance nécessaire pour dissiper complètement les ténèbres de l’ignorance. Ni les philosophes, ni les yogīs ne peuvent concevoir cela, car leur progrès spirituel à eux dépend plus ou moins de leur propre force. La Kaṭha Upaniṣad (1.2.23) enseigne clairement que seuls ceux à qui le Seigneur accorde Sa grâce peuvent Le connaître en Personne. Cette grâce d’accéder au Seigneur, au-delà du brahmajyoti, n’est accordée qu’aux purs dévots, et c’est cette bénédiction que l’on demande au Seigneur dans ce mantra de la Śrī Īsopaniṣad.
Verse text
vāyur anilam amṛtam
athedaṁ bhasmāntaṁ śarīram
oṁ krato smara kṛtaṁ smara
krato smara kṛtaṁ smara
athedaṁ bhasmāntaṁ śarīram
oṁ krato smara kṛtaṁ smara
krato smara kṛtaṁ smara
Synonyms
vāyuḥ : le souffle vital ; anilam : la totalité de l’air ; amṛtam : indestructible ; atha : maintenant ; idam : ce ; bhasmāntam : après avoir été réduit en cendres ; śarīram : le corps ; oṁ : ô Seigneur ; krataḥ : ô bénéficiaire de tous les sacrifices ; smara : s’il Te plaît, souviens-Toi ; kṛtam : tout ce que j’ai fait ; smara : s’il Te plaît, souviens-Toi ; krataḥ : ô bénéficiaire suprême ; smara : s’il Te plaît, souviens-Toi ; kṛtam : tout ce que j’ai fait pour Toi ; smara : s’il Te plaît, souviens-Toi.
Translation
Que ce corps éphémère soit réduit en cendres et que son souffle vital se fonde dans la totalité de l’air. Maintenant, ô Seigneur, souviens-Toi, je T’en prie, de tous mes sacrifices ; n’oublie pas, Toi le bénéficiaire ultime, tout ce que j’ai fait pour Toi.
Purport
Le corps matériel éphémère est certainement pour nous un vêtement étranger. La Bhagavad-gītā(2.20) établit clairement que l’être survit à la destruction du corps matériel et qu’il ne perd jamais son identité propre, ce que confirme ce mantra de la Śrī Īśopaniṣad. L’âme n’est jamais impersonnelle et dépourvue de forme, comme le croient les ignorants ; c’est au contraire le corps matériel qui n’a pas de forme en soi et doit prendre la forme que l’âme immortelle lui impose. Ce mantra démontre que l’être vivant continue d’exister après la destruction du corps.
La nature matérielle façonne merveilleusement les corps selon les désirs de chaque être vivant. Celui qui désire manger des ordures obtiendra un corps approprié, tel celui d’un porc, et celui qui aime se nourrir de sang et de chair deviendra un tigre pourvu de crocs et de griffes. Mais l’être humain, lui, n’a pas été créé pour se nourrir de chair animale et même dans son état le plus primitif, il n’a aucune attirance pour les immondices. Les dents de l’homme sont faites pour croquer et mâcher des fruits et des légumes, bien qu’il ait deux canines, permettant aux hommes primitifs de manger de la viande s’ils le désirent.
Mais qu’ils soient humains ou animaux, ces corps sont étrangers à l’être vivant et changent selon la forme de jouissance qu’ils convoitent. Les êtres transmigrent d’un corps à un autre à travers le cycle d’évolution des espèces, passant des formes aquatiques (lorsque la terre était recouverte par les eaux) aux formes végétales, des végétaux aux reptiles, aux oiseaux, aux mammifères terrestres, pour finalement obtenir la forme humaine. Lorsqu’elle possède la connaissance spirituelle, on considère la forme humaine comme la plus évoluée des espèces vivantes ; ce mantra décrit cette spiritualité à son plus haut stade de développement : il faut savoir quitter le corps matériel, bientôt réduit en cendres, et laisser le souffle vital se fondre dans l’éternelle totalité de l’air. Le corps entre en mouvement sous l’effet de différentes sortes d’airs subtils, réunis sous le nom global de prāṇa-vāyu. Les yogīs apprennent, en maîtrisant ces souffles, à amener l’âme d’un centre vital à un autre, jusqu’au brahma-randhra, le plus élevé d’entre eux. De là, le yogī accompli peut quitter son corps et se rendre sur la planète de son choix. Ce processus consiste à quitter un corps matériel pour en reprendre un autre. Mais, comme l’indique ce mantra, la plus haute perfection est atteinte lorsqu’on abandonne pour toujours son enveloppe charnelle, et qu’on accède au monde spirituel où l’on obtient un corps d’un genre tout à fait différent — un corps purement spirituel, qui n’est sujet ni au changement ni à la mort.
En ce monde, la nature nous force à transmigrer d’un corps à l’autre selon nos désirs matériels. Chaque être, du microbe au deva, possède un corps fait de matière façonnée de diverses manières en conformité avec ses désirs. L’homme intelligent voit l’unité non pas dans la variété des corps, mais dans leur identité spirituelle. Qu’elle habite le corps d’un porc ou d’un deva, l’âme est toujours la même : elle demeure une partie intégrante de Dieu.
Les divers corps traduisent les actes passés de l’être, coupables ou vertueux. Le corps humain, quant à lui, est très évolué et possède une conscience totalement développée. Selon la Bhagavad-gītā (7.19), la forme achevée de la conscience se manifeste par l’abandon total au Seigneur Suprême, et une telle perfection ne peut s’atteindre qu’après avoir cultivé la connaissance au long d’innombrables existences. Le simple fait de réaliser notre identité spirituelle ne suffit pas ; il faut arriver au point de comprendre que l’âme est une parcelle infime et éternelle de Dieu et qu’elle ne peut jamais devenir le Tout, sans quoi on doit revenir à nouveau dans l’univers matériel, même après s’être fondu dans le brahmajyoti.
Les divers corps traduisent les actes passés de l’être, coupables ou vertueux. Le corps humain, quant à lui, est très évolué et possède une conscience totalement développée. Selon la Bhagavad-gītā (7.19), la forme achevée de la conscience se manifeste par l’abandon total au Seigneur Suprême, et une telle perfection ne peut s’atteindre qu’après avoir cultivé la connaissance au long d’innombrables existences. Le simple fait de réaliser notre identité spirituelle ne suffit pas ; il faut arriver au point de comprendre que l’âme est une parcelle infime et éternelle de Dieu et qu’elle ne peut jamais devenir le Tout, sans quoi on doit revenir à nouveau dans l’univers matériel, même après s’être fondu dans le brahmajyoti.
Comme nous l’avons appris au cours des mantras précédents, le brahmajyoti qui émane du corps spirituel du Seigneur est peuplé d’un nombre infini d’étincelles spirituelles, pleinement conscientes de leur existence individuelle. Lorsqu’il arrive à ces êtres de vouloir jouir de leurs sens indépendamment, ils sont placés dans le monde matériel pour y jouer à leur guise « au Seigneur » en suivant la dictée de leurs sens. Le désir de dominer est le mal dont souffre l’être conditionné, car cette fascination pour les plaisirs de ce monde le contraint de transmigrer d’un corps à l’autre. Se fondre dans le brahmajyoti ne représente donc pas l’aboutissement de la connaissance. On n’arrive au stade ultime de la perfection qu’en s’abandonnant totalement au Seigneur, et en développant le sens du service spirituel.
Par ce mantra, l’être demande à entrer dans le royaume de Dieu une fois abandonnés son souffle vital et son corps matériel. Avant que son corps ne soit réduit en cendres, il prie le Seigneur de bien vouloir Se souvenir des actes pieux et des sacrifices qu’il a accomplis durant son existence. Il récite cette prière au moment de mourir, en pleine conscience de ses actes passés ainsi que du but à atteindre. Celui, par contre, qui subit entièrement l’emprise de la nature matérielle, voit défiler à l’instant de la mort les actions coupables de son existence, ce qui l’oblige à reprendre un corps en ce monde. La Bhagavad-gītā (8.6) confirme cette vérité :
yaṁ yaṁ vāpi smaran bhāvaṁ
tyajaty ante kalevaram
taṁ tam evaiti kaunteya
sadā tad-bhāva-bhāvitaḥ
tyajaty ante kalevaram
taṁ tam evaiti kaunteya
sadā tad-bhāva-bhāvitaḥ
« Ô fils de Kuntī, l’état de conscience dont on conserve le souvenir à l’instant de quitter le corps détermine la condition d’existence future. » C’est ainsi que le mental emporte avec lui les tendances de l’être jusque dans sa vie suivante.
Contrairement à l’animal, dont les facultés mentales sont peu étendues, l’homme sur le point de mourir se souvient, comme dans un rêve, de tout ce qu’il a fait durant sa vie ; ces souvenirs gardent son esprit chargé de désirs matériels qui l’empêchent d’entrer dans le royaume spirituel avec un corps spirituel. Le bhakta, cependant, par la pratique du service de dévotion, développe tout au long de sa vie son amour pour Dieu, de sorte que même si au moment de la mort il oublie ses activités spirituelles, le Seigneur, Lui, S’en souviendra. Ce mantra prie la Personne Suprême de Se souvenir des sacrifices de Son dévot mais, même sans ce rappel, le Seigneur n’oubliera pas le service rendu.
Dans la Bhagavad-gītā (9.30–34), Kṛṣṇa montre la profonde intimité de Sa relation avec Ses dévots : « Commettrait-il les pires actes, il faut considérer comme un saint homme celui qui est engagé dans le service de dévotion, car il est situé sur la voie juste. Il se rectifie rapidement et trouve la paix éternelle. Tu peux le proclamer avec force, ô fils de Kuntī, jamais Mon dévot ne périra. Quiconque prend refuge en Moi, fût-il de basse naissance, peut atteindre la destination suprême. Que dire alors des vertueux brāhmaṇas, des bhaktas et des saints rois. Maintenant que tu te trouves en ce monde éphémère et misérable, consacre-toi avec amour à Mon service. Emplis toujours de Moi ton mental, deviens Mon dévot, offre-Moi ton hommage et voue-Moi ton adoration. Si tu t’absorbes ainsi entièrement en Moi, assurément, tu viendras à Moi. »
Śrīla Bhaktivinoda Ṭhākura explique ainsi ces versets : « Il faut garder à l’esprit qu’un dévot de Kṛṣṇa est sur la voie juste des grands saints, même s’il semble de caractère dissolu (su-durācāra). Mais pour cela il faut bien comprendre le sens du mot su-durācāra. L’âme conditionnée doit agir parallèlement sur deux plans différents : d’une part, pour subvenir aux besoins du corps, de l’autre, pour chercher la réalisation de son identité spirituelle. Sur le plan matériel, l’homme doit obtenir un certain statut social, recevoir une bonne éducation, veiller à l’hygiène et à la nutrition de son corps, pratiquer l’austérité et assurer sa survie. Sur le plan spirituel, il doit perfectionner son service et sa dévotion au Seigneur. Ces deux types d’activités doivent coexister car tant qu’elle est conditionnée, l’âme doit maintenir son corps. Cependant, plus les activités dévotionnelles augmentent, plus le nombre des activités consacrées aux questions matérielles décroît. Tant que les activités spirituelles ne trouvent pas leur juste proportion, l’être risque de se livrer occasionnellement à des activités profanes, mais jamais pour très longtemps. Le Seigneur, dans Sa miséricorde, ne tarde pas à mettre un terme à ces écarts. Le service de dévotion est donc la plus parfaite des méthodes de réalisation spirituelle, car une chute occasionnelle n’empêche pas le progrès du bhakta. »
Les impersonnalistes ne peuvent jouir des facilités du service de dévotion, car seul les attire l’aspect impersonnel du Seigneur, le brahmajyoti. Comme l’ont indiqué les mantras précédents, ils ne peuvent percer le brahmajyoti puisqu’ils ne croient pas en l’existence de la Personne Suprême. Leur principal souci est de jouer avec les mots et d’ergoter sans fin. Aussi, comme le confirme le douzième chapitre de la Bhagavad-gītā (12.5), tous leurs efforts sont voués à l’échec. On peut au contraire, par un contact constant avec la Vérité Absolue dans Sa forme personnelle, jouir aisément des bienfaits dont parle ce mantra.
Le service de dévotion consiste essentiellement en neuf activités transcendantales : 1) écouter ce qui a trait au Seigneur ; 2) glorifier le Seigneur ; 3) se souvenir du Seigneur ; 4) servir les pieds pareils-au-lotus du Seigneur ; 5) adorer le Seigneur ; 6) offrir des prières au Seigneur ; 7) servir le Seigneur ; 8) se lier d’amitié avec le Seigneur ; 9) tout abandonner au Seigneur.
Individuellement ou dans leur ensemble, ces activités aident le bhakta à demeurer toujours en contact avec Dieu de sorte qu’au moment de la mort, il lui soit facile de se souvenir du Seigneur. De très grands dévots ont atteint la plus haute perfection par une seule de ces activités, par exemple : 1) Mahārāja Parīkṣit, le héros du Bhāgavatam, en écoutant louer le Seigneur ; 2) Śukadeva Gosvāmī, le narrateur du Śrīmad-Bhāgavatam, en glorifiant le Seigneur ; 3) Prahlāda Mahārāja, en se souvenant toujours du Seigneur ; 4) Lakṣmī, la déesse de la fortune, en servant les pieds de lotus du Seigneur ; 5) Pṛthu Mahārāja, en adorant le Seigneur ; 6) Akrūra, en priant le Seigneur ; 7) Hanumān, en offrant un service personnel au Seigneur ; 8) Arjuna, en se liant d’amitié avec le Seigneur ; 9) Bali Mahārāja, en abandonnant tout au Seigneur.
Individuellement ou dans leur ensemble, ces activités aident le bhakta à demeurer toujours en contact avec Dieu de sorte qu’au moment de la mort, il lui soit facile de se souvenir du Seigneur. De très grands dévots ont atteint la plus haute perfection par une seule de ces activités, par exemple : 1) Mahārāja Parīkṣit, le héros du Bhāgavatam, en écoutant louer le Seigneur ; 2) Śukadeva Gosvāmī, le narrateur du Śrīmad-Bhāgavatam, en glorifiant le Seigneur ; 3) Prahlāda Mahārāja, en se souvenant toujours du Seigneur ; 4) Lakṣmī, la déesse de la fortune, en servant les pieds de lotus du Seigneur ; 5) Pṛthu Mahārāja, en adorant le Seigneur ; 6) Akrūra, en priant le Seigneur ; 7) Hanumān, en offrant un service personnel au Seigneur ; 8) Arjuna, en se liant d’amitié avec le Seigneur ; 9) Bali Mahārāja, en abandonnant tout au Seigneur.
Le message de ce mantra, comme de presque tous les mantras des hymnes védiques, est résumé dans le Vedānta-sūtra et développé dans le Śrīmad-Bhāgavatam. Le Śrīmad-Bhāgavatam est le fruit mûr de l’arbre de la sagesse védique, et Śukadeva Gosvāmī y expose le sens de ce mantra en réponse aux premières questions de Mahārāja Parīkṣit. Recevoir et transmettre la connaissance divine, tel est le principe fondamental du service de dévotion, parfaitement illustré par Mahārāja Parīkṣit et Śukadeva Gosvāmī. Si Mahārāja Parīkṣit s’est adressé à Śukadeva Gosvāmī, c’est que celui-ci était le plus grand maître spirituel de tous les yogīs et spiritualistes de son temps.
À la question du Roi Parīkṣit sur le devoir de l’homme, particulièrement au moment de la mort, Śukadeva Gosvāmī répondit :
tasmād bhārata sarvātmā
bhagavān īśvaro hariḥ
śrotavyaḥ kīrtitavyaś ca
smartavyaś cecchatābhayam
bhagavān īśvaro hariḥ
śrotavyaḥ kīrtitavyaś ca
smartavyaś cecchatābhayam
« Celui qui souhaite s’affranchir de toute anxiété doit entendre ce qui a trait à Dieu, Le louer et se souvenir de Lui, l’Âme Suprême, le maître souverain et le libérateur de tous les maux. » (Śrīmad-Bhāgavatam, 2.1.5)
Dans notre société dite « humaine », l’homme passe ses journées à gagner sa vie ou à s’occuper de ses affaires domestiques, et ne pense, la nuit venue, qu’à dormir ou à jouir de plaisirs sexuels. Il lui reste donc bien peu de temps pour s’enquérir et parler de la Personne Suprême. Il rejette sous toutes sortes de prétextes l’existence de Dieu, en premier lieu en Le déclarant impersonnel, c’est-à-dire privé des sens de la perception. Pourtant, les Écritures védiques — que ce soient les Upaniṣads, le Vedānta-sūtra, la Bhagavad-gītā ou le Śrīmad-Bhāgavatam— proclament que Dieu est un être conscient, doué de sens et suprême entre tous les êtres. Ses actes glorieux et Lui-même ne font qu’un, aussi, plutôt que de constamment parler ou entendre parler des politiciens matérialistes et des prétendus grands hommes, modelons notre vie de façon à utiliser chaque instant à des actes spirituels. C’est dans cette direction que la Śrī Īśopaniṣad nous oriente.
À moins d’avoir pratiqué le bhakti-yoga, comment pouvons-nous espérer nous souvenir du Seigneur au moment de la mort, quand toutes les fonctions du corps seront perturbées ? Comment pourrons-nous L’implorer de Se rappeler tous nos sacrifices ? Dénier à nos sens les plaisirs qu’ils convoitent, c’est là ce qu’il faut entendre par sacrifice. On doit s’initier à cet art tout au long de la vie, en employant nos sens au service du Seigneur. C’est au moment de la mort que l’on pourra tirer tout le profit d’une telle pratique.
Verse text
agne naya supathā rāye asmān
viśvāni deva vayunāni vidvān
yuyodhy asmaj juhurāṇam eno
bhūyiṣṭhāṁ te nama-uktiṁ vidhema
viśvāni deva vayunāni vidvān
yuyodhy asmaj juhurāṇam eno
bhūyiṣṭhāṁ te nama-uktiṁ vidhema
Synonyms
agne : ô mon Seigneur, puissant comme le feu ; naya : aie la bonté de conduire ; supathā : sur le droit chemin ; rāye : pour T’atteindre ; asmān : nous ; viśvāni : toutes ; deva : ô mon Seigneur ; vayunāni : actions ; vidvān : celui qui connaît ; yuyodhi : s’il Te plaît, écarte ; asmat : de nous ; juhurāṇam : tous les obstacles sur la voie ; enaḥ :tous les vices ; bhūyiṣṭhām : très nombreux ; te : à Toi ; namaḥ-uktim : mots d’hommages ; vidhema : je fais.
Translation
Ô Seigneur omnipotent, Toi qui es puissant comme le feu, je me prosterne maintenant à Tes pieds et T’offre mon hommage. Toi qui connais mes actions passées, guide-moi sur le sentier qui conduit vers Toi et libère-moi des conséquences de mes péchés, afin que mon progrès ne rencontre aucun obstacle.
Purport
L’appel à la miséricorde immotivée du Seigneur ainsi que l’abandon à Dieu conduisent le bhaktavers la pleine réalisation spirituelle. On compare ici le Seigneur au feu car comme lui, Il peut tout réduire en cendres et consumer les péchés de l’âme soumise. Les mantras précédents ont établi que la Personne Suprême est l’aspect ultime de l’Absolu, et Son aspect impersonnel, le brahmajyoti, rien d’autre que l’éblouissante radiance voilant Sa face. Sur la voie de la réalisation spirituelle, le stade le plus bas est celui du karma-kāṇḍa, c’est-à-dire des activités vertueuses mais centrées sur soi. En effet, dès que ces actions dévient un tant soit peu de la réglementation des Vedas, elles se transforment en vikarma, en actes mauvais accomplis au détriment de leur auteur. Ce vikarma est le résultat du désir de jouissance matérielle des êtres victimes de l’illusion, et il devient un rude obstacle sur le chemin spirituel.
Il existe 8 400 000 espèces vivantes, mais parmi elles, seul l’homme connaît la voie de la réalisation spirituelle ; seul l’homme peut, en recevant une éducation brahmanique, avoir connaissance de la Transcendance. L’éducation brahmanique a pour but de développer en lui les qualités du brāhmaṇa : probité, simplicité, maîtrise de soi, longanimité, connaissance et foi en Dieu, mais pour cela une haute parenté brahmanique n’est pas tout. L’enfant né dans une famille de brāhmaṇas a grande chance de devenir lui-même un brāhmaṇa, tout comme le fils d’un riche a toute opportunité de devenir riche à son tour. Mais il ne suffit pas de naître dans une telle famille, encore faut-il acquérir par soi-même les qualités brahmaniques. Celui qui tire orgueil de son titre de brāhmaṇamais néglige d’en cultiver les qualités, se dégrade et dévie du sentier de la réalisation spirituelle. Il manque alors d’atteindre le vrai but de la vie humaine.
Dans la Bhagavad-gītā (6.41–42), le Seigneur nous assure que les yoga-bhraṣṭas (ceux qui déchoient du sentier de la réalisation spirituelle) renaîtront au sein d’une famille de brāhmaṇas ou d’une famille aisée, recevant ainsi une chance de corriger leurs erreurs et une meilleure possibilité de progresser vers la réalisation spirituelle. Mais si, aveuglés par l’illusion, ils n’en profitent pas, la précieuse vie humaine que leur a accordée le Seigneur tout-puissant sera de nouveau gaspillée.
Les règles de la vie religieuse sont destinées à permettre aux hommes d’accéder graduellement du niveau des activités matérielles à celui de la connaissance transcendantale. À partir de là, l’individu peut atteindre la perfection lorsque, après de nombreuses existences passées à cultiver ce savoir, il se donne entièrement au Seigneur. Tel est généralement le cours de l’évolution spirituelle, mais celui qui dès le début s’abandonne à Dieu (comme le recommande ce mantra) et se dévoue à Son service, dépasse immédiatement ces étapes préliminaires.
Comme il est dit dans la Bhagavad-gītā (18.66), le Seigneur prend instantanément soin de l’être qui s’abandonne à Lui et Il le libère de toutes les conséquences de ses péchés. Celui qui suit la voie du karma-kāṇḍa(actions intéressées sanctionnées par les Écritures) commet malgré tout nombre d’actes coupables et doit en subir les répercussions. Celui qui suit la voie du jñāna-kāṇḍa (la recherche spéculative de la Vérité) se trouve déjà moins sujet au péché ; mais celui qui a adopté la voie de l’upāsanā-kāṇḍa (le service de dévotion) est pratiquement à l’abri de toute faute. Non seulement le bhakta gagne de devenir un brāhmaṇa qualifié, même s’il ne l’est pas de naissance, mais il acquiert en outre toutes les qualités spirituelles du Seigneur. Si puissant est le Seigneur, qu’Il peut dégrader un fils de brāhmaṇa au niveau le plus vil, et vice versa, Il peut élever l’être le plus abject au niveau d’un brāhmaṇa, grâce au seul pouvoir du service de dévotion.
Comme il est dit dans la Bhagavad-gītā (18.66), le Seigneur prend instantanément soin de l’être qui s’abandonne à Lui et Il le libère de toutes les conséquences de ses péchés. Celui qui suit la voie du karma-kāṇḍa(actions intéressées sanctionnées par les Écritures) commet malgré tout nombre d’actes coupables et doit en subir les répercussions. Celui qui suit la voie du jñāna-kāṇḍa (la recherche spéculative de la Vérité) se trouve déjà moins sujet au péché ; mais celui qui a adopté la voie de l’upāsanā-kāṇḍa (le service de dévotion) est pratiquement à l’abri de toute faute. Non seulement le bhakta gagne de devenir un brāhmaṇa qualifié, même s’il ne l’est pas de naissance, mais il acquiert en outre toutes les qualités spirituelles du Seigneur. Si puissant est le Seigneur, qu’Il peut dégrader un fils de brāhmaṇa au niveau le plus vil, et vice versa, Il peut élever l’être le plus abject au niveau d’un brāhmaṇa, grâce au seul pouvoir du service de dévotion.
Le Seigneur tout-puissant habite le cœur de chacun et peut donner à Son dévot sincère toutes les instructions nécessaires à son progrès spirituel ; Il les lui prodigue même s’il manifeste parfois des désirs divergents. Quant aux autres, Dieu sanctionne leurs actes, mais à leurs risques et périls, alors qu’Il guide le dévot de façon à lui éviter les fautes. Il est dit en effet dans le Śrīmad-Bhāgavatam (11.5.42) :
sva-pāda-mūlaṁ bhajataḥ priyasya
tyaktānya-bhāvasya hariḥ pareśaḥ
vikarma yac cotpatitaṁ kathañcid
dhunoti sarvaṁ hṛdi sanniviṣṭaḥ
tyaktānya-bhāvasya hariḥ pareśaḥ
vikarma yac cotpatitaṁ kathañcid
dhunoti sarvaṁ hṛdi sanniviṣṭaḥ
« Le Seigneur est si miséricordieux envers le dévot entièrement soumis à Ses pieds pareils-au-lotus que, du fond du cœur, Il le rectifie s’il lui arrive de tomber dans les rets du vikarma (actes contraires aux injonctions védiques). Il le fait car Ses dévots Lui sont très chers. »
Par le présent mantra de l’Īśopaniṣad, le bhakta demande au Seigneur de le rectifier. L’erreur est humaine ; l’être conditionné commet, qu’il le veuille ou non, des erreurs. Le seul remède à ces péchés involontaires est de se livrer en tout au Seigneur pour qu’Il nous guide et nous en préserve. Du fait que le Seigneur prend soin en personne des âmes complètement abandonnées à Lui, tous les problèmes de l’existence se dissipent. Kṛṣṇa guide de deux façons celui qui s’abandonne à Lui : sous Sa forme de Paramātmā sis dans le cœur, ou par l’intermédiaire des sages, des Écritures et du maître spirituel. Le dévot illuminé par le savoir védique est ainsi protégé de toutes parts.
La connaissance védique est purement transcendantale, et aucun système d’éducation profane ne peut nous la faire acquérir. Seule la grâce du Seigneur et du maître spirituel nous permettent de comprendre les mantrasvédiques (yasya deve parā bhaktir yathā deve tathā gurau). On doit comprendre que celui qui a pris refuge auprès d’un maître spirituel a reçu la grâce du Seigneur, car c’est sous la forme du maître spirituel qu’Il apparaît à Son dévot. Ainsi, le maître spirituel, les Écrits védiques et le Seigneur Lui-même, de l’intérieur, guident tous ensemble le bhakta et l’empêchent de se laisser à nouveau fasciner par l’illusion. Protégé de la sorte, le dévot est assuré d’atteindre la perfection de l’existence. Le Śrīmad-Bhāgavatam (1.2.17–20) approfondit ce point, ici à peine ébauché.
Écouter et chanter les gloires du Seigneur sont en eux-mêmes des actes de piété. Si Dieu désire que chacun s’y consacre, c’est qu’Il est soucieux au plus haut point du bien de tous les êtres. Le fait d’écouter et de chanter les louanges du Seigneur nous purifie de toutes souillures et permet à notre dévotion de s’affermir. À ce stade, le bhakta acquiert les qualités brahmaniques, capables d’anéantir complètement les effets des modes d’influence matérielle les plus bas, la passion et l’ignorance. Le service d’amour illumine sa conscience en éclairant sa voie vers Dieu, et au fur et à mesure que ses doutes disparaissent, il s’élève jusqu’à la pure dévotion.
C’est ainsi que prennent fin les enseignements de Bhaktivedanta sur la Śrī Īśopaniṣad, la connaissance qui nous rapproche de Kṛṣṇa, Dieu, la Personne Suprême.